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Squarcini, Libye : Djouhri, intermédiaire obscur, se lâche au téléphone

jeudi 29 septembre 2016 par marieagnes

INFO OBS. Squarcini, Libye : Djouhri, intermédiaire obscur, se lâche au téléphone

L’homme d’affaire, à la réputation sulfureuse et la fortune mystérieuse, a été placé sur écoute en 2013. Ses conversations dévoilent pour la première fois une partie de la réalité de ses activités et de ses contacts. A droite comme à gauche.

Violette Lazard et Caroline Michel

Publié le 29 septembre 2016 à 22h02

On le savait influent au sein des réseaux de la droite, omniprésent même. Ses liens avec les plus grands patrons n’étaient plus un mystère. Mais personne ne se doutait qu’Alexandre Djouhri, inconnu du grand public et homme d’affaire à la réputation sulfureuse, avait tenté de se frayer un chemin vers le coeur du pouvoir socialiste. Des écoutes réalisées en 2013 dans le cadre d’une enquête menée sur Ziad Takieddine, montrent Djouhri se vanter d’avoir été invité à la table de François Hollande.

"J’ai rendez-vous avec Hollande. Il faut que je t’en parle, ça y est c’est fait", se targue t-il en février 2013 auprès de l’un de ses amis.

"Il a dit à table que j’étais un mec classe." Toujours d’après Djouhri, Laurent Fabius (alors au Quai d’Orsay) et Manuel Valls (au ministère de l’Intérieur) étaient présents lors de cette entrevue "classe de chez classe." Que s’est-il dit au cours de cette rencontre ? L’Elysée dément son existence. Alexandre Djouhri, lui, a pour règle d’or de ne jamais répondre aux journalistes. Il préfère en général adresser des droits de réponses, pour se réclamer "dirigeants de société", et non "intermédiaire". Contacté, son avocat n’a d’ailleurs pas donné suite à nos questions.

Des liens avec Squarcini

Elles seraient pourtant nombreuses. Les heures d’écoutes menées par les enquêteurs spécialisées dans les investigations financières et fiscales montrent que les relations de l’homme d’affaire sont infinies... Un de ses principaux interlocuteurs est Bernard Squarcini, l’ex-patron de la DCRI (renseignement intérieur) mis en examen cette semaine. Entre les deux hommes, le ton est à la franche rigolade. Bernard Squarcini, d’ailleurs ne s’est jamais caché de cette proximité avec l’homme d’affaire.

"Alors bandit, comment tu vas ?", lance "Bernard".

Ce jour-là, 13 mai 2013, Alexandre Djouhri, longtemps proche des réseaux chiraquiens avant de se convertir au sarkozysme, ne va pas du tout. Peu de temps auparavant, il a appris que son grand ami, Bachir Saleh, avait reçu d’étranges visites. Le grand argentier de Kadhafi est alors réfugié en Afrique du Sud, après une exfiltration rocambolesque depuis Paris organisée notamment... par Djouhri, avec l’aide de Squarcini. Les secrets de Bachir Saleh valaient bien un voyage en jet privé au moment de l’entre-deux tours de la présidentielle. Son nom venait d’apparaître sur la note révélée par Mediapart, évoquant un financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy.

D’après Djouhri, des émissaires du gouvernement français ont ainsi été envoyés à Saleh pour le pousser à révéler ses secrets en échange de l’abandon des poursuites judiciaires contre lui.

"Ces enc.(sic) du quai d’Orsay ont envoyé des mecs, et Valls, est dans le coup. Pour dire à Bachir qu’ils peuvent enlever le mandat de l’interpol s’il dit qu’il y a eu évidement un financement", explique Djouhri à Squarcini qui s’empresse de demander les noms des "mecs qui sont venus."

Djouhri ne les a pas. "Ce sont quand même des attachés d’ambassade qui viennent le voir", s’étrangle Djouhri. "Ils sont pourris jusqu’à la moelle". Au détour de cette conversation, Djouhri raconte également que son "bon ami" voyage à travers le monde, malgré le mandat d’arrêt international lancé contre lui à cette époque, notamment pour détournement de fonds… A chaque escale, il semble être alpagué.

"C’est des piqûres de rappel ? Il faut qu’il leur dise qu’il est déjà vacciné !", s’amuse le "squale".

En septembre 2013, d’après des écoutes menées dans un autre dossier judiciaire (celui du financement Libyen de la campagne de Sarkozy), Djourhi s’était encore ému auprès de Claude Guéant que cette tentative des "socialos". "C’est une magouille" avait répondu Guéant.

Approché par les juges en charge de l’affaire Libyenne, Bachir Saleh n’a répondu à aucune convocation. Tout comme Alexandre Djouhri, qui ne met plus un pied en France de peur d’être immédiatement placé en garde-à-vue. Convoquée en août dernier dans le cadre du dossier du financement Libyen, comme l’avait révélé "le Monde", l’homme ne s’est pas présenté. Il n’avait jamais été entendu dans des dossiers financiers, et a toujours échappé aux poursuites.

Avant la fracassante perquisition à son domicile genévois en mars 2015, "Monsieur Alexandre" n’hésitait jamais à s’arrêter par la capitale. A Paris, il fréquente tout le ghotta de la droite. En mars 2013, il retrouve ainsi lors d’une soirée le député Alain Marsaud, un ami de longue date. Lors d’un coup de téléphone, Djouhri explique avoir également passé la soirée avec Michel Roussin, le "monsieur Afrique" de Bolloré, et Pierre Charon, le sénateur de Paris qui soutient aujourd’hui Nicolas Sarkozy. "Je ne me souviens pas du tout d’avoir passé une soirée avec lui", nous répond Pierre Charon.

"Je le connais, oui, bien sûr, tout le monde le connaît. Mais je n’ai aucun lien particulier avec lui, ni rien contre lui."

Alain Marsaud, lui, se contente de nous répondre qu’Alexandre Djouhri "est un ami de très longue date" avec qui "il aime passer des soirées."

"Monsieur Alexandre" a le bras long. Il dîne avec Claude Guéant, régulièrement. L’un de ses meilleurs amis s’appelle Dominique de Villepin, qu’il surnomme d’ailleurs "le poète". C’est aussi un proche de Serge Dassault. Il est en relations directe et régulière avec le conseiller spécial de ce dernier. Et apparaît comme un intime du chancelier du Qatar. Mais il se vante aussi d’avoir mis une "torchée" à l’ambassadeur du pays en France...

Avec Sarkozy, une amitié datant de 1986

Même après la chute de Kadhafi, il garde des liens avec les proches du "guide". A une ancienne proche du pouvoir libyen, réfugiée à Tunis et poursuivie par la justice internationale et libyenne, Djouhri recommande par exemple les services de l’avocat parisien Francis Spziner, un autre ami très proche. Mais il doit pourtant lui avouer ses limites :

"Le pouvoir de gauche, je le connais pas. Si c’était le pouvoir de droite… oui."

Il confie à cette occasion à son interlocutrice qu’il connaît Nicolas Sarkozy depuis 1986.

Avec le Gabon, c’est que "bénef"

Ces écoutes montrent également les liens étroits entretenus par Alexandre Djouhri avec le Gabon. Le 20 mars 2013, ce dernier s’entretient avec un homme identifié comme "Frédéric Bongo", demi frère d’Ali Bongo dont l’élection récente est très contestée. Ce dernier n’est autre que le patron des services de renseignement gabonais. Les deux hommes se méfient du téléphone, et la conversation est sibylline. Mais Djouhri fait clairement pression pour obtenir un rendez-vous avec le "grand-frère", probablement le président Ali Bongo.

"C’est que benef, c’est productif. Moi, quand je le vois, ce n’est pas contre-productif."

Ce n’est pas la première fois que le patron des services de renseignement gabonais fait son apparition dans une enquête judiciaire française… Son nom avait été cité en 2009 dans une affaire de règlement de compte Corse. Cette année-là, Guy Orsoni (le fils de l’ancien dirigeant nationaliste Alain Orsoni), soupçonné de 2 assassinats échappe de justesse à la police venu l’arrêter. Il est prévenu par un coup de fil de Michel Tomi, considéré comme le dernier grand parrain en France. Ce dernier venait tout juste de recevoir un coup de téléphone via une ligne attribuée à... Frédéric Bongo. Mais le haut dirigeant gabonais n’a jamais pu être entendu, protégé par son immunité. Bernard Squarcini, lui, n’a jamais fait mystères de ses liens de proximité avec Michel Tomi.... et Frederic Bongo.

Violette Lazard et Caroline Michel

Nouvelobs.com


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