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Renseignement : changement en série dans les services

lundi 15 mai 2017 par marieagnes

Nominations

Renseignement : changement en série dans les services

Par LIBERATION — 14 mai 2017 à 20:56 (mis à jour le 15 mai 2017 à 07:31)

DGSE, DGSI, « cellule anti-EI »… Les nouveaux venus seront vraisemblablement [issus du cercle de Macron ou de celui de Le Drian.

François Hollande aura eu l’élégance de laisser le choix à son successeur. Sous l’effet combiné d’affaires et de départs à la retraite, au moins trois directeurs de services de renseignements doivent être nommés dans les toutes premières semaines du mandat d’Emmanuel Macron. En 2012, Hollande avait limogé dès ses premiers jours les superflics de la sarkozie (Péchenard, Squarcini, Gaudin). La transition devrait être plus douce cette fois, les titulaires n’étant pas aussi sulfureux. Avec quelque 6 500 agents et 700 millions d’euros de budget annuel, le prestige de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) attire forcément les candidats. L’actuel directeur, le diplomate Bernard Bajolet, homme de confiance de François Hollande qui le connaît depuis 1978, prendra sa retraite dans quelques jours, après avoir passé quatre ans à la tête de la « piscine ». Avant de partir, l’exécutif sortant a nommé un intérim. Le général Jean-Pierre Palasset, jusqu’ici directeur de cabinet de Bajolet, pilotera le service à partir du 21 mai. Temporairement, a priori. Un militaire à la tête de la DGSE, la situation est inédite depuis près de trente ans. Les six derniers directeurs étaient préfets ou diplomates.

Maître espion

Toujours côté défense, la place à la tête de la Direction du renseignement militaire (DRM) sera bientôt libre : le général Christophe Gomart a annoncé son départ à ses équipes. La DRM joue un rôle de premier plan dans les guerres de la France et a tenu à le faire savoir. Alors qu’il était donné partant dans le privé, Gomart loucherait sur le poste de chef d’état-major particulier, occupé depuis moins d’un an par l’amiral Bernard Rogel. A l’Intérieur, Macron devra vite trouver le nouveau patron de la DGSI, en première ligne dans la lutte contre le terrorisme. Le taiseux Patrick Calvar reste jusqu’à début juin, ce qui ne laisse guère que trois semaines pour trouver son remplaçant. Macron trouvera enfin les douanes dans un sale état. Une ambiance « crépusculaire », selon un ancien, règne dans son service de renseignement, la DNRED, rattrapée par plusieurs affaires judiciaires révélant ses méthodes troubles. Le Président devra leur désigner un nouveau chef à la tâche titanesque.

Les nominations dans la police risquent d’être d’autant plus acrobatiques que le chef de l’Etat n’y dispose pas de réseaux étendus. Contrairement à la Défense, où Macron peut s’appuyer sur le cercle gravitant autour de son allié Jean-Yves Le Drian, « le meilleur ministre de la Défense que [la France] ait jamais eu », selon Serge Dassault, extatique d’avoir vendu ses premiers Rafale à l’étranger sous ce quinquennat. Deux ambassadeurs ont fait montre de leur intérêt pour prendre la DGSE, indiquent deux sources concordantes : André Parant et Bernard Emié, respectivement en fonction en Egypte et en Algérie. Si le Président préfère une candidature interne, il pourrait se tourner vers l’actuel directeur du renseignement, Marc Pimond. Nommé il y a un an à ce poste prestigieux, il a assuré une refonte express, selon la lettre d’information spécialisée Intelligence Online, qui rappelait son passé de chef de cabinet de Jean-Claude Cousseran, ex-chef de la DGSE. Ce dernier gravite d’ailleurs autour de l’équipe de Macron : « J’ai contribué à l’élaboration du programme, mais je ne fais pas partie du cercle rapproché », précise-t-il auprès de Libération.

Se pose aussi la question de l’avenir de Cédric Lewandowski, tout puissant directeur de cabinet de Le Drian pendant cinq ans. Se rêverait-il en maître espion, comme beaucoup l’en soupçonnent ? L’affaire ne manquerait pas de faire grincer des dents tant il avait des relations fraîches, sinon exécrables, avec Bajolet. Les deux hommes se sont violemment opposés pendant les négociations sur les otages d’Arlit, chacun activant son réseau en parallèle. Il faudra aussi convaincre Macron lui-même, avec qui Lewandowski a entretenu des relations en dents de scie. Les ministères de la Défense et de l’Economie - époque Macron - s’étaient mis d’accord pour créer, au printemps 2015, des « sociétés de projet », un tour de passe-passe financier destiné à dégager du cash pour les armées. Ils s’étaient en revanche rudement affrontés sur la nomination d’Henri Proglio à la tête de Thales. Soutenue, notamment, par le directeur de cabinet de Le Drian, cette nomination sera publiquement dénoncée par Macron, avant d’être finalement annulée. Autant dire qu’il faudrait un sacré aggiornamento pour que le chef de l’Etat lui confie quelques-uns des secrets les mieux gardés de la République. Lewandowski n’a jamais caché son goût pour les grandes entreprises françaises. Il a été directeur de cabinet de François Roussely, quand celui-ci était à la tête d’EDF. Un membre de l’équipe Le Drian vient justement d’y débarquer. Conseiller industrie jusqu’en avril, Christophe Salomon est désormais directeur des systèmes d’information chez le géant de l’énergie.

Continuité

Le tableau ne serait pas complet sans la silhouette longiligne de Jean-Claude Mallet. Tout comme Lewandowski, quoique dans un style différent, il était un pilier du cabinet Le Drian. C’est lui que l’on voyait, lors d’auditions devant des commissions parlementaires, griffonner quelques notes sur une feuille qu’il glissait sans mot dire au ministre assis à côté. Ne se départant jamais de son gilet sans manche et de son kit bluetooth rivé à l’oreille, le conseiller d’Etat incarne la continuité : les deux derniers livres blancs sur la défense, sous Sarkozy et sous Hollande, lui doivent énormément. Il pourrait logiquement hériter d’une fonction importante. Dans son programme, le candidat Macron propose d’en créer une nouvelle. Directement rattachée à l’Elysée, une « cellule spéciale du renseignement anti-Daech » associera les principaux services de renseignement. Son articulation avec l’existant coordonnateur national du renseignement, un autre poste qui pourrait être pourvu par la nouvelle majorité, n’est pour l’heure pas très claire. Ces deux places à prendre, à moyen terme, pourraient revenir à ces figures devenues incontournables ou à ceux qui ont activement participé au programme défense et sécurité d’En marche, dont l’expert François Heisbourg.

LIBERATION


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