Paradis fiscaux et judiciaires

Courbis dans une forme olympique

samedi 23 juin 2007

Foot. Le procès en appel des transferts douteux de l’OM a repris depuis hier à Aix.

Courbis dans une forme olympique

Par Michel HENRY

QUOTIDIEN : mardi 19 juin 2007

Aix-en-Provence envoyé spécial

Mauvais temps à l’OM : Ribéry est vendu, les supporteurs font la grève des abonnements en raison d’une hausse injustifiée de 20 %, et le big boss, patron et mécène, nous joue l’appel du 18 juin, depuis hier, devant la cour d’Aix-en-Provence, avec douze coprévenus.

Heureusement, malgré le caramel ramassé en première instance le 9 juin dernier (trois ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende, soit le maximum légal, qui « apparaît ici quelque peu dérisoire », notait le tribunal), Robert Louis-Dreyfus (RLD) nous revient en philosophe. « Le jour où j’ai acheté le club, raconte-t-il, un Marseillais m’a dit : "L’OM ne vous appartient pas, il appartient aux Marseillais." C’est vrai. Il appartient en partie aux hommes politiques, qui vous mettent des bâtons dans les roues quand vous voulez changer quelque chose. Il appartient aux supporteurs, vous ne pouvez rien faire contre eux, même la police, on vous dit que c’est pour la paix sociale. » RLD avoue même : « Un jour, j’ai amené ma femme au stade, les supporteurs l’ont insultée, du type : "Suce-la." Comme on m’a dit que le milieu tenait les virages, j’ai rencontré » un de ses représentants (1).

A part ça, sur les transferts suspects, les primes occultes, les commissions injustifiées, l’actionnaire principal de l’OM ne varie pas : « Il n’y a eu aucun abus de bien social » (ABS), la qualification judiciaire qui lui vaut condamnation. Donc, innocent. Y a plus qu’à convaincre la cour d’appel.

RLD raconte qu’en arrivant à l’OM, fin 1996, il voulait Wenger comme entraîneur. Mais Roussier et Dubiton, deux dirigeants de l’OM, lui ont dit que ce serait mal venu, à Marseille, de prendre un ancien Monégasque. Donc, l’Arsène est allé faire les beaux jours d’Arsenal. Et RLD a pris Courbis. A trois conditions : « Pas de matchs truqués, pas de caisse noire, pas de dopage. »

Résultat : les deux sont en correctionnelle, pour un total de quinze transferts douteux, ayant donné lieu, selon l’accusation, à plus de 20 millions d’euros de détournements divers. « La fraude a été un des outils de la politique des dirigeants de l’OM entre 1997 et 1999 », a estimé le tribunal correctionnel, en 2006.

Plus comique : cette affaire a commencé pendant la précédente, dite des comptes suspects. A ce premier procès, en 1997, l’agent de joueurs Alain Migliaccio, poursuivi, menait pendant les suspensions les négociations pour le transfert de Laurent Blanc, aujourd’hui un des transferts suspects qu’examine la justice. Tout cela a « conduit à injecter dans des circuits occultes des fonds considérables dont la maîtrise a été perdue », selon le tribunal correctionnel : partis pour rémunérer les joueurs ou « à d’autres fins, tout autant ou plus répréhensibles encore ». Brrrr... Dans ce système, RLD, « quand il n’a pas donné personnellement la main à la fraude, l’a encouragée », estimait le tribunal.

Le plus embêté, dans l’affaire, s’appelle Courbis. Il a pris deux ans ferme, en première instance, plus dix-huit mois de révocation de sursis, soit trois ans et demi ferme, plus cinq ans d’interdiction d’activité dans le foot. Si la peine est confirmée en appel, il va entraîner le FC Baumettes. Alors, revigoré par son nouveau job d’entraîneur de Montpellier (L2), dont le patron, Louis Nicollin, pointe son nez à l’audience, Courbis se bat, avec son arme habituelle : la tchatche. « Les avocats m’ont expliqué ce qu’était l’ABS. Alors comme j’ai participé à des discussions [sur les transferts], c’est paraît-il de la complicité d’ABS. »

Espérant une réduction de peine, Courbis reconnaît en partie certains faits, mais à la Virenque : il faisait de l’ABS à l’insu de son plein gré. « J’ai peut-être commis sans le savoir une complicité d’ABS. » Son avocat, Me Frédéric Monneret, se précipite : « Vous vous êtes fondu dans un système que vous n’avez pas initié... » Courbis opine. Alors, le bon Rolland mérite le bon Dieu sans confession, lui qui lâche, au détour d’une question : « Je le jure sur ce que j’ai de plus cher, y compris ma mère de 82 ans qui n’est pas trop bien. »

Ou encore : « Si M. d’Onofrio [un agent, ndlr] me paye avec l’argent du transfert de Trezeguet en Chine, je prends l’argent. Il me le paye même avec l’héritage de sa grand-mère, s’il veut. » Et aussi : « Cet argent, c’est Ba. » A savoir : cette commission occulte versée en Suisse concerne le transfert d’Ibrahim Ba, pour lequel il n’est pas poursuivi ­ pratique. « C’est Ba, puisque c’est Ba », répète-t-il. En douter, c’est bas.

Malgré cela, sa période 1997-1999 à l’OM, c’est « une des fiertés de [sa] carrière ». « Et ça me mène en correctionnelle. » On vous le dit : c’est bas.

Les débats continuent aujourd’hui.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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