Paradis fiscaux et judiciaires

Du pétrole congolais en vente clandestine

mercredi 27 juin 2007

Congo-Brazzaville : A fleur de presse : Du pétrole congolais en vente clandestine

Le canard Enchaîné, Du pétrole congolais en vente clandestine, Nicolas Beau, 20/09 :

" L’antenne parisienne de la SNPC [Société nationale des pétroles du Congo] n’est enregistrée nulle part, même comme simple bureau de liaison. La douzaine de salariés qui y travaillent ne sont pas davantage déclarés aux Assedic et à l’Urssaf. La SNPC loue ces locaux à la Serelco, une société qui appartient à Jean-Yves Ollivier, un homme d’affaire proche de l’Élysée [...]. Quatrième producteur d’Afrique avec 250 000 barils-jour, le Congo-Brazzaville utilise donc une officine clandestine pour commercialiser une partie du pétrole que Total, Agip et autres poids lourds pompent dans ses gisements... Et personne à Paris ne semble s’offusquer de cette situation, surtout pas BNP-Paribas, qui assure le pré-financement de ces exportations pétrolières. La SNPC, qui est en relations d’affaire avec Trafigura (lequel vient de s’illustrer dans l’affaire des déchets toxiques déversés en Côte d’Ivoire) a son siège social à Brazzaville. Mais pourquoi éprouve-t-elle le besoin de commercialiser son pétrole depuis Paris ? [... Parce que des créanciers courent] après l’État congolais. [...] En 2005, [...] la Cour de justice de Londres saisissait une cargaison d’or noir appartenant à l’État congolais pour donner satisfaction à des créanciers. À cette occasion, c’est tout un système de siphonnage des fonds pétroliers congolais par les amis du président Sassou qui a été mis au jour. Il y avait le feu : la SNPC, qui officiait à Londres, a dû émigrer vers Paris, et vite. "

Voilà donc que Paris peut être un paradis judiciaire et financier plus protecteur que Londres et sa City ! La suite de l’article, à lire également, raconte la genèse des trafics de pré-financements innovés par Elf au Congo, notamment pour alimenter en armes la série de guerres qui ont martyrisé sa population à partir de 1997. Jean-Yves Ollivier fût l’agent-traitant d’Alfred Sirven pour la DGSE, c’est à dire qu’il contrôlait le sommet du pouvoir géopolitique d’Elf. Il a été un acteur majeur du contournement du boycott du régime d’Apartheid, donc très actif aux Comores. Il est resté aux côtés de Sassou et de l’économie pétrolière congolaise durant toute sa guerre putschiste, et aux côtés d’un autre criminel contre l’humanité, Jean-Pierre Bemba, dans l’autre Congo, la RDC, en jouant un rôle dans des complots visant à déstabiliser le pouvoir. S’il est arrivé que son nom ait été écrit dans la presse française grand public durant ces quinze dernières années, cela nous a échappé. Évitons d’attirer l’attention sur un homme de main de Chirac en Afrique.

Pierre Caminade

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°151 - Octobre 2006 -

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