Paradis fiscaux et judiciaires

Bercy maintient le secret-défense sur les frégates de Taiwan

mercredi 4 octobre 2006

Bercy maintient le secret-défense sur les frégates de Taiwan

mercredi 4 octobre 2006, 13h28

PARIS (Reuters) - Le ministre de l’Economie, Thierry Breton, refuse de remettre à la justice les documents classés "secret-défense" sur une vente de frégates militaires à Taiwan en 1991, sur laquelle pèsent des soupçons de corruption, apprend-on auprès de son entourage.

Il s’agit du troisième gouvernement successif, après ceux de Lionel Jospin et de Jean-Pierre Raffarin, à repousser cette demande visant à éclaircir les identités des bénéficiaires d’éventuelles commissions occultes.

Thierry Breton a suivi l’avis défavorable de la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), publié mercredi au Journal officiel, sans motifs. La demande de déclassification visait les documents détenus par les services des douanes, dépendant de Bercy.

Elle avait été déposée le 24 juillet dernier par les juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke et Xavière Simeoni, chargés d’une instruction pour "abus de biens sociaux" ouverte en 2001.

Les six frégates "Lafayette" de Thomson, devenu Thales, ont été vendues en 1991 pour 16,4 milliards de FF (2,5 milliards d’euros) à Taipeh, après un long ballet diplomatique entre la France, la Chine et Taiwan.

L’enquête de Paris a été ouverte après la saisie en Suisse de 495 millions de dollars sur les comptes bancaires d’Andrew Wang, un intermédiaire taiwanais intervenu dans la vente.

Les juges pensent que d’importantes commissions ont été versées en marge de cette vente, vraisemblablement à des fins de corruption, à Taiwan, en Chine et peut-être en France.

L’ancien juge Thierry Jean-Pierre, aujourd’hui décédé, a affirmé dans un livre paru en 2003 que ses investigations personnelles avaient confirmé le versement de cinq milliards de FF de commissions occultes.

HOLLANDE POUR LA LEVEE DU SECRET

L’argent a, selon lui, bénéficié à des décideurs inconnus à Taiwan, en Chine et en France. Le 11 mai dernier, dans une interview à France Info, l’ex-ministre PS de la Défense Alain Richard a évoqué un possible financement politique en France.

L’affaire est à l’origine du scandale sur les faux listings de l’affaire Clearstream. Ce sont en effet les identités des bénéficiaires supposés des commissions occultes des frégates que l’ex-vice président d’EADS Jean-Louis Gergorin a remis au printemps 2004 au juge Van Ruymbeke.

La démarche a déclenché une tempête politico-judiciaire quand il fut découvert que les listings étaient faux. Le juge Van Ruymbeke fait aujourd’hui l’objet d’une enquête disciplinaire sur les conditions d’obtention de ces listings.

A la suite de cet épisode, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, avait demandé la levée du secret-défense au printemps, au nom de la "transparence totale".

L’affaire est potentiellement explosive pour l’Etat français, visé par un procès engagé par Taiwan.

Une clause secrète du contrat entre Thomson et Taiwan, révélée lors de l’enquête judiciaire, prévoyait que l’Etat français paye de l’argent si le versement de commissions occultes était avéré. La facture potentielle est de 700 millions d’euros pour la France.

Le juge Jean-Pierre écrivait dans son livre-enquête qu’une Chinoise, Lily Liu, avait touché et distribué une centaine de millions de dollars pour "amadouer" à Pékin le pouvoir communiste, opposé à la vente.

En France, un petit épisode est apparu à travers l’affaire Elf. Christine Deviers-Joncour, maitresse de l’ex-ministre PS des Affaires étrangères Roland Dumas, et Alfred Sirven, dirigeant d’Elf, demandaient de l’argent à Thomson pour leur supposée intervention dans la vente, qui semble imaginaire.

Plusieurs morts violentes ont émaillé l’affaire, notamment celle de Thierry Imbot, ex-agent des services secrets français à Taiwan, tombé par la fenêtre de son logement parisien le 10 octobre 2000, et celle d’un ex-cadre de Thomson ayant négocié le contrat, Jacques Morisson, tombé lui aussi de la fenêtre de son appartement, le 18 mai 2001, à Neuilly-sur-Seine.

© REUTERS

Publié avec l’aimable autorisation de l’Agence Reuters.

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