Paradis fiscaux et judiciaires

Addax Petroleum ferme ses portes à Genève

mardi 8 août 2017 par marieagnes

Addax Petroleum ferme ses portes à Genève

Pétrole Tout le personnel était convoqué lundi à 16h pour apprendre la fin de l’aventure genevoise du groupe pétrolier

Depuis le classement de la procédure contre Addax Petroleum par le Ministère public contre un chèque de 31 millions de francs, les rumeurs les plus persistantes parlaient d’un nettoyage intensif à l’interne du groupe pétrolier, marqué notamment par le départ de Guus Klusener. Le directeur juridique, au centre de l’enquête des autorités genevoises avec son CEO, Yi Zhang, avait en effet quitté en toute discrétion ses fonctions durant le mois de juin.

D’autres bruits à l’interne évoquaient une nouvelle restructuration d’ici à la fin de l’année. Finalement, la direction a convoqué, lundi après-midi à 16 h, l’ensemble de ses salariés. L’objet de cette réunion : l’annonce de la fermeture du bureau à Genève.

Par communiqué, son propriétaire chinois, le géant Sinopec, a expliqué vouloir rationaliser ses processus opérationnels, notamment par la suppression de certains doublons. « D’ici à la fin de l’année, le bureau genevois d’Addax Petroleum sera ainsi intégré au siège de Sinopec à Pékin », précise le groupe en ajoutant que les locaux d’Addax Petroleum basés à Aberdeen (Grande-Bretagne) et Houston (Etats-Unis) seront aussi fermés.

De gros soucis en Afrique

En ce qui concerne ses 174 salariés genevois, l’entreprise assure qu’une consultation sera entamée dès le 9 août « pour tenter d’atténuer les conséquences sociales de cette décision et leur fournir le soutien nécessaire ».

Comme nous l’écrivions déjà dans une vaste enquête publiée au mois d’avril, la situation d’Addax Petroleum était déjà très tendue. Ses premières difficultés étaient d’ailleurs apparues au grand jour lorsqu’au mois de septembre 2015 la multinationale annonçait le licenciement de septante personnes à Genève, soit près d’un quart de ses effectifs de l’époque.

Sur fond de chute des prix du baril, les ennuis ont commencé à s’accumuler dès la deuxième moitié de 2014. Au Nigeria notamment, pays qui représente la plus grande source d’approvisionnement en pétrole pour Addax Petroleum (environ 60%). Délais de construction non respectés, surcoûts croissants, les défis n’ont cessé de se multiplier sur place. Résultat : la production pétrolière s’est effondrée, passant de 160 000 barils par jour sous l’ère Jean Claude Gandur (son fondateur) à 90 000 barils aujourd’hui.

D’après nos sources, la situation est tout aussi désastreuse au Gabon, le 2e pays le plus important pour Addax Petroleum après le Nigeria. Certains licenciements se sont même terminés en bataille juridique, comme le démontre une lettre rédigée par l’avocat d’un salarié récemment licencié et dont La Tribune de Genève s’est procuré une copie. Ce dernier y attaque notamment Addax Petroleum pour « violation de devoir au vu de son âge notamment (61 ans) et de sa longue carrière passée au sein du groupe pétrolier ».

Dans un pays comme dans l’autre, rien ne laisse augurer d’une inversion de tendance, puisque la société a complètement gelé ses investissements depuis le mois de mai 2015 et a renoncé à se déployer sur de nouveaux sites de production… en attente d’un rebond du prix de l’or noir.

Un ultime chapitre

A Genève, ce chapitre devrait boucler une histoire débutée dans nos pages et faisant allusion à l’existence de soupçons de corruption concernant Addax Petroleum et certains membres de sa direction. Ces soupçons résultaient d’une déclaration datée du 16 décembre 2016 et signée par l’ancien auditeur d’Addax Petroleum : Deloitte. Le cabinet britannique y faisait notamment mention de paiements douteux, auxquels il « estimait n’avoir pas reçu d’explications satisfaisantes ni de preuves suffisantes concernant leur justification et leur validité ».

Mais finalement après une enquête de quatre mois, la justice genevoise jugeait n’avoir pu « établir d’intention délictueuse » de la part de la direction. Elle mettait ainsi un terme à son instruction pénale contre le versement de 31 millions de francs en faveur de l’Etat de Genève… à titre de réparation.

(TDG)

Créé : 07.08.2017, 18h08


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