Paradis fiscaux et judiciaires

Tikehau-Eurazeo : récit d’une opération de sauvetage

lundi 14 août 2017 par marieagnes

Tikehau-Eurazeo : récit d’une opération de sauvetage

15h00 , le 12 juillet 2017

Les plus grands banquiers d’affaires de Paris se sont mobilisés pour stopper la montée du jeune fonds Tikehau au capital du géant Eurazeo.

Les morsures de la canicule qui frappaient encore Paris la veille ont disparu. Un air presque frais balaie la ville. Nous étions le 23 juin. Posté devant la fenêtre de son bureau d’angle tout neuf, Patrick Sayer, 60 ans, président du directoire de la société d’investissement Eurazeo, contemple le parc Monceau. Le quartier concentre la plus forte densité au mètre carré de banques d’affaires, de cabinets d’avocats et d’opérations financières. Sayer sort d’un gros coup de chaud qui a failli emporter non pas une de ses participations mais son entreprise entière. Ce monument de "capitalisme patient" auquel il tient tant, bâti voilà plus de trente ans grâce à la fortune accumulée par les grands banquiers de Lazard Paris, les Michel David-Weill, André Meyer, Antoine Bernheim et Jean Guyot. Eurazeo n’est plus le coffre-fort des associés gérants de Lazard, mais la maison pèse toujours près de 5 milliards d’euros en Bourse.

Lorsque, en avril, la société Tikehau Capital rachète 7,6% de Eurazeo, Patrick Sayer voit rouge. Certes, après vingt ans chez Lazard et dix-sept à la tête d’Eurazeo,il en a vu d’autres. Mais il redoute plus que tout que l’on touche au capital. Aujourd’hui, l’épisode n’est plus qu’un mauvais souvenir. Derrière son bureau, des photos évoquent une vie bien remplie. Il campe en casual wear dans son bureau. Il a envie de raconter. "Tikehau a, de fait, voulu prendre le contrôle d’Eurazeo", assure-t-il. Comment ? En rachetant un premier ticket puis en tentant d’acquérir les 15,4% de Crédit agricole, qui voulait céder une participation vieille de vingt ans. "Au fond, cela nous a rendu un formidable service", déclare Patrick Sayer.

Désormais le capital d’Eurazeo est sécurisé. JC Decaux Holding, la société d’investissement de la famille Decaux, a repris le bloc du Crédit agricole le 6 juin moyennant quelque 800 millions d’euros. Le jour même, les gagnants scellaient leur accord lors d’un déjeuner au siège du Crédit agricole à Montrouge. Deux jours plus tard, au pavillon Gabriel, Patrick Sayer était élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur par le président de Lazard Paris, Bruno Roger, en présence de Nicolas Sarkozy et du gratin de la finance. Tout est bien…

"A part Trump et le pape, ils ont appelé tout le monde"

Antoine Flamarion, 44 ans, cofondateur de Tikehau, jure que Patrick Sayer refait l’histoire. Près de vingt ans séparent les deux hommes. Sur les photos, le financier affiche une barbe de trois jours qui énervait déjà son patron chez Goldman Sachs à Londres, un front interminable, une cravate rouge et des bretelles. Ironie de la géolocalisation, sa société a installé son siège au 32, rue de Monceau, dans un immeuble occupé un temps par Eurazeo. Le 19 juin, Tikehau a annoncé vouloir lever 500 millions d’euros. La société multiplie les deals. En Italie, elle cherche à racheter le fonds italien d’investissement avec l’ancien roi du ciment, la famille Pesenti. Pour Antoine Flamarion, la participation dans Eurazeo est "un investissement opportuniste réalisé dans de bonnes conditions". Rideau. "Je m’étonne encore de l’incroyable agitation qui s’est emparée du 8e arrondissement autour de cette opération", poursuit-il. En tout cas, dans cette affaire, Tikehau aura gagné en notoriété comme jamais.

Les deux sociétés, que tout distingue, se connaissent bien. "Ce sont des spécialistes de la levée de fonds, explique Patrick Sayer. Leur culture, c’est la dette. Ils ont financé quatre ou cinq sociétés dont nous sommes actionnaires. Notre philosophie, chez Eurazeo, est d’accompagner des entrepreneurs à long terme, en jouant parfois un rôle d’incubateur.

[...] Auparavant, le patron de Tikehau avait rencontré Michel David-Weill, chef de file des familles historiques qui contrôlent 17% du capital et 25% des droits. Pas rassuré, le patron d’Eurazeo organise une battue avec la fine fleur des banquiers : Lazard, Rothschild, les frères Zaoui à Londres et Antonio Weiss, ex-Lazard New York et conseiller du secrétaire du Trésor d’Obama. Les cabinets d’avocats Bredin Prat et Skadden Arps sont aussi mobilisés. Il faut sauver Eurazeo, trouver le bon investisseur. "Il y a eu deux moments très forts pour contrer cette opération de corsaire, relate un conseiller d’Eurazeo. Il fallait convaincre le Crédit agricole de ne pas vendre à Tikehau. Et puis le week-end du 5 juin, ce fut la course contre la montre pour déposer la bonne offre avant minuit." Lire la suite.


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