Paradis fiscaux et judiciaires

Suisse : l’oncle de Bachar el-Assad poursuivi pour crimes de guerre

mardi 17 octobre 2017 par marieagnes

Suisse : l’oncle de Bachar el-Assad poursuivi pour crimes de guerre

À 80 ans, Rifaat el-Assad est rattrapé par des massacres qu’il aurait supervisés à Hama, en Syrie, en 1982. Mais la justice suisse y met peu d’énergie.

De notre correspondant à Genève, Ian Hamel
Modifié le 16/10/2017 à 15:16 - Publié le 16/10/2017 à 12:20 | Le Point.fr

Plus de trente ans après les faits, on peut être rattrapé par la justice et poursuivi pour « crimes de guerre ». Même par un pays neutre qui n’a plus tiré un coup de fusil contre ses voisins depuis 1515. À la suite d’une plainte déposée par l’ONG Trial International, installée à Genève, Rifaat el-Assad, le frère de l’ancien président syrien et l’oncle de l’actuel, fait l’objet d’une procédure pénale. L’ancien chef de la sécurité et ancien commandant des brigades de défense Saraya Al-Difaa est accusé d’avoir commandité deux carnages.

En juin 1980, le président Hafez el-Assad échappe de justesse à une tentative d’assassinat. En représailles, son frère Rifaat se serait rendu, à la tête de ses brigades, au bagne de Tadmor, dans la région de Palmyre. Entre 500 et un millier de prisonniers politiques sont assassinés dans leurs cellules.

Deux ans plus tard, le régime syrien est menacé par les Frères musulmans. Cette confrérie, fondée en Égypte par Hassan el-Banna, a rapidement essaimé à l’étranger. « La première branche syrienne est fondée en 1937 à Hama », rappelle Xavier Ternisien dans son ouvrage Les Frères musulmans (1). Les brigades de défense de Rifaat el-Assad attaquent cette grande agglomération tenue par les islamistes. Elles ne font pas de quartier. Il y aurait eu entre 10 000 et 40 000 morts, principalement des civils, hommes, femmes et enfants.

Le «  boucher  » accueilli en France

Trial International assure qu’« une partie de la ville aurait été détruite, dont un quartier de la vieille ville qui aurait été pratiquement entièrement rasé ». L’histoire se répète parfois. En 2011, lors du Printemps arabe, la rébellion armée contre le régime de Bachar el-Assad va éclater également à Hama, cette ville de 500 000 habitants. Le neveu appliquera les mêmes méthodes que son oncle. L’armée coupe l’approvisionnement en nourriture et en électricité, et bombarde aveuglément la population civile.

Les relations entre Rifaat el-Assad, vice-président de la République arabe syrienne, et son frère se détériorent. Il est soupçonné d’avoir tenté de renverser le président. Il doit quitter Damas un peu précipitamment en 1984. Accueilli par François Mitterrand, celui que l’on surnomme « le boucher de Hama » est fait grand-croix de la Légion d’honneur en 1986. Selon une enquête de Franceinfo, il posséderait en France un patrimoine estimé à plus de 90 millions d’euros par le fisc français, notamment deux hôtels particuliers à Paris et un château de 45 hectares dans le Val-d’Oise (2).

La justice suisse traîne les pieds

[...] En Suisse, les charges sont nettement plus lourdes, puisque l’oncle de l’actuel président syrien est poursuivi pour crimes de guerre… depuis décembre 2013. Mais la justice helvétique ne met pas beaucoup d’énergie pour l’arrêter. L’information a donc été révélée en septembre dernier par Trial International, las de voir les atermoiements de la justice suisse. L’ONG a même déposé un recours au Tribunal pénal fédéral, la plus haute instance judiciaire de la Confédération, pour « déni de justice ». Lire la suite.


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