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La thèse du loup solitaire craque, les défaillances restent

vendredi 20 octobre 2017 par marieagnes

La thèse du loup solitaire craque, les défaillances restent

19 oct. 2017 Par Agence Reuters
- Mediapart.fr

L’ex-patron de la lutte anti-terroriste Bernard Squarcini a renié jeudi la thèse du "loup solitaire" avancée en 2012 pour expliquer que les services de sécurité n’aient pas vu venir le passage à l’acte de Mohamed Merah, pourtant connu alors pour son appartenance à la mouvance salafiste la plus extrême.

PARIS (Reuters) - L’ex-patron de la lutte anti-terroriste Bernard Squarcini a renié jeudi la thèse du "loup solitaire" avancée en 2012 pour expliquer que les services de sécurité n’aient pas vu venir le passage à l’acte de Mohamed Merah, pourtant connu alors pour son appartenance à la mouvance salafiste la plus extrême.

Le tueur de Toulouse et Montauban a été abattu le 22 mars 2012 lors de l’assaut de l’appartement où il était retranché après avoir tué par balles trois militaires, trois écoliers juifs et le père de deux d’entre eux.

Bernard Squarcini, témoin vedette du 14e jour du procès du frère de Merah, Abdelkader, et d’un autre complice présumé, a reconnu, comme d’autres policiers avant lui, un manque de coordination et une circulation défaillante de l’information.

"Il y a eu des retards dans le déroulement de l’enquête", a ainsi déclaré ce préfet hors cadre de 62 ans.

Mais il a également admis que les services français n’avaient appris par des services alliés le passage de Mohamed Merah dans les zones tribales du Pakistan, véritable "fabrique" de djihadistes, qu’après la tuerie.

Mohamed Merah y a reçu en octobre 2011 une brève formation au maniement des armes et l’adoubement du chef du groupe affilié à Al Qaïda qui revendiquera ses attentats, Moez Garsallaoui, "le mari de la veuve du meurtrier du commandant Massoud".

"Le permis de tuer lui est délivré dans les zones tribales. Malheureusement nous n’avons pas eu l’information", a déclaré Bernard Squarcini, selon qui Mohamed Merah n’avait pu y aller qu’après s’y être préparé avec des complicités.

Selon son ancien agent traitant à l’antenne toulousaine de la DCRI, "Hassan", qui a témoigné jeudi matin anonymement, il a ainsi pu obtenir le "blanc-seing" nécessaire grâce aux relations nouées par Abdelkader lors de ses quatre séjours en Egypte.

A son retour du Pakistan, il est interrogé le 14 novembre 2011 à Toulouse par des experts parisiens de la DCRI, qui veulent l’évaluer en vue d’un éventuel recrutement comme source.

Mais Bernard Squarcini dit n’avoir pas été au courant de cette réunion. De même qu’il déclare avoir ignoré une demande de procédure judiciaire à l’encontre de Mohamed Merah par son directeur régional, quelques mois plus tôt.

"ISOLÉ" MAIS PAS "SOLITAIRE"

Le recrutement, auquel s’opposent les services locaux de la DCRI, ne se fait pas. Mais la surveillance des frères Merah, connus depuis 2006 pour leur proximité avec la cellule salafiste d’Artigat (Ariège) et son gourou Olivier Corel, sera allégée.

"Pour moi, Mohamed Merah a été armé au niveau des bras et de la tête par Abdelkader Merah, sa famille mais également par des réseaux (...). Il a été façonné par une nébuleuse", a déclaré Bernard Squarcini, qui avait pourtant été en 2012 l’un des plus ardents défenseurs de la théorie du loup solitaire.

Certes Abou Youssouf, nom de guerre de Mohamed Merah, a agi "de façon isolée" les 11, 15 et 19 mars "pour durer dans le temps", "ne pas laisser de traces" et pouvoir multiplier les actions, mais cela n’exclut pas les complicités, a-t-il ajouté.

L’ex-patron de la DCRI s’est dit "désolé" que les termes "loup solitaire", relevant de la "sémantique opérationnelle" des services de renseignement, aient été "sortis de leur contexte" et "dénaturés" par les médias et les milieux politiques en 2012.

Reste l’erreur d’appréciation initiale après la mort du premier soldat à Montauban : l’extrême droite est la piste privilégiée par la police judiciaire et les parquets locaux, alors que le directeur régional du renseignement intérieur de l’époque, Christian Ballé-Andui, penche pour la piste salafiste.

Il a raconté lundi à la barre qu’il avait adressé deux listes à la direction centrale, l’une d’individus proches de l’ultra-droite, l’autre de profils salafistes, dont Mohamed Merah, mais que la deuxième avait été d’abord écartée.

Bernard Squarcini a donné jeudi une version sensiblement différente. "Il y a une enquête judiciaire à laquelle mon service n’est pas associé. Pour moi la piste d’extrême droite n’est pas adaptée à l’analyse du moment", dit-il.

"Après Montauban, je reprends le manche", ajoute l’ancien patron de la DCRI, qui dit avoir lui-même pris l’initiative de demander une liste avec "cinq objectifs d’extrême droite et cinq objectifs d’islamistes" radicaux, dont la famille Merah.

Le nom de Mohamed Merah n’est cependant transmis à la PJ que le soir du 18 mars, veille de l’attaque de l’école juive.

Bernard Squarcini a le statut de témoin assisté dans une information judiciaire en cours d’instruction sur plaintes avec constitution de parties civiles déposées par la famille d’un des trois soldats tués par Mohamed Merah, Abel Chennouf.

L’une le vise nommément pour non empêchement d’un crime et mise en danger délibéré d’autrui ; l’autre vise la DCRI, devenue depuis lors la DGSI, pour homicide involontaire.


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