Paradis fiscaux et judiciaires

Main basse sur l’argent du cacao ?

samedi 7 juillet 2007

Journal l’Humanité

Rubrique International

Article paru dans l’édition du 19 janvier 2006.

Main basse sur l’argent du cacao ?

Monde

Un audit commandé par l’Union européenne fait état de malversations dans la filière cacao ayant permis le financement d’achat d’armes.

Le rapport de l’UE sur les malversations dans la filière cacao est accablant pour le régime ivoirien du président Laurent Gbagbo. Mais selon l’AFP, citant la Commission européenne, ce rapport a été refusé parce qu’« il ne répondait pas à ce qui avait été commandé ». Le fait qu’il « commence avec des remerciements aux officiers français » qui ont assuré la sécurité des experts européens « n’est pas sérieux », objecte-t-on à Bruxelles. En réalité, il est à se demander si ce n’est pas le fait qu’il pointe les dérives de la libéralisation de la filière cacao, entreprise sous la pression du FMI et des marchés financiers, qui a fait problème à Bruxelles.

Il n’empêche, le rapport en question accuse le régime ivoirien de détourner de l’argent de la filière cacao pour financer l’achat d’armes. Principale richesse du pays, le cacao - 620 000 exploitations - procure des recettes estimées à 3 milliards de dollars par an. Selon le FMI, six millions de personnes en vivent directement ou indirectement.

À la suite de la libéralisation de cette filière à la fin des années 1990, révèle ce rapport de 200 pages, les autorités ivoiriennes ont mis en place diverses institutions - Autorité de régulation et du contrôle du café-cacao, Fonds de régulation et de contrôle (FRC) - évoluant « en dehors de tout cadre légal » et gérant la filière « en toute opacité ». De plus, gérée par le FRC, « la réserve de prudence censée soutenir les cours du cacao en faveur des petits producteurs a, entre autres, servi à financer l’achat d’armes par le régime de Laurent Gbagbo », indique le rapport. Au début du conflit, le FRC a octroyé à cette réserve près de 30 milliards de francs CFA (45 millions d’euros) qui, après avoir transité par la Banque des États de l’Afrique de l’Ouest, a atterri à la Banque nationale d’investissement (BNI) géré par le clan Gbagbo.

Pire, sur les 400 milliards de francs CFA (609 millions d’euros) prélevés sur le dos des planteurs, « seuls 130 milliards de francs CFA (198 millions d’euros) avaient été dépensés au bénéfice de la filière cacao ». Autrement dit : la différence, un peu plus de 400 millions d’euros, est passée dans d’autres mains.

Plus généralement, la libéralisation de la filière cacao a fait également d’autres heureux, les multinationales américaines et hollandaises dont la part de marché est passée de 10 % à 30 % entre 1997 et 2003, tout en fragilisant les petits producteurs, victimes de surcroît de racket en tout genre.

Pour mémoire, rappelons que pour avoir enquêté sur les malversations du régime ivoirien dans la filière cacao, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, enlevé en avril 2004 à Abidjan, a disparu, probablement assassiné.

Hassane Zerrouky

Publié avec l’aimable autorisation du journal L’Humanité.

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