Paradis fiscaux et judiciaires

La justice s’intéresse à 16 millions de dollars mis à l’ombre

mercredi 5 janvier 2005

La justice s’intéresse à 16 millions de dollars mis à l’ombre

Pinochet avait ouvert des comptes secrets à la banque américaine Riggs, lui permettant de blanchir de l’argent.

Par Claire MARTIN

mercredi 05 janvier 2005 (Liberation - 06:00)

Santiago du Chili, de notre correspondante

Augusto Pinochet est plus que jamais cerné dans les affaires de violations des droits de l’homme. Mais l’enquête sur ses comptes secrets, à la banque américaine Riggs doit tout autant, sinon plus, l’empêcher de dormir.

En juillet, lorsque le Sénat américain révèle, dans une enquête, une fortune au nom de l’ancien dictateur et de son épouse atteignant les 8 millions de dollars, l’émotion est vive au Chili. La famille Pinochet et ses plus fervents soutiens nient aussitôt.

Les révélations relevant du blanchiment d’argent, du trafic d’armes et de la fraude fiscale ont pourtant vite raison de leurs doutes.

Mi-novembre, les avocats de la défense de l’ancien général parviennent à justifier l’origine des 8 millions de dollars auprès du juge d’instruction Sergio Muñoz. Le magistrat est chargé de déterminer l’origine de cette « fortune » conservée sur des comptes et des sociétés écrans des Caraïbes.

Il instruit également les plaintes déposées contre l’ancien dictateur pour corruption, enrichissement illicite et fraude fiscale. La fortune du couple, qui s’expliquerait, selon la défense, par des économies personnelles, des investissements et des dons de particuliers, s’élèverait en fait au double de la somme justifiée.

Le quotidien chilien La Nacion a révélé que la police chilienne évaluait les fonds conservés par Pinochet à la Riggs, entre 1985 et 2004, à un peu plus de 16 millions de dollars. Il estime aussi que la manière dont l’ancien général a géré ses fonds relève du blanchiment d’argent. Ainsi, les propriétaires de dix comptes à la Riggs, tels « Daniel Lopez », « Red Fox », « APU » ou encore « José » n’étaient que des alias d’Augusto Pinochet. Une révélation parue fin novembre dans le Washington Post, reconnu ensuite par la défense.

Hier, les avocats Carmen Hertz et Alfonso Insunza ont demandé au juge Muñoz de vérifier l’authenticité d’un document remis par Pinochet au Bureau américain de contrôle des monnaies en 2002 pour justifier ses fonds à la Riggs. Or, parmi ces derniers figurent ceux dévoilés par la journaliste Patricia Verdugo et le New York Times, révélant des notes de frais s’élevant à près de 7 millions de dollars pour des voyages réalisés par Pinochet entre 1974 et 1997. Des « faux », selon le ministère chilien de la Défense. S’il est révélé que Pinochet est l’auteur de ces « faux », il serait alors poursuivi pour faux et usage de faux documents publics.

Le juge Muñoz devrait demander sous peu la levée de l’immunité (d’ex-chef de l’Etat) de Pinochet afin de poursuivre son instruction. Le fisc étendra peut-être sa plainte, déposée contre Pinochet pour fraude fiscale, à son épouse et à ses 5 enfants, qui ont notamment perçu plus de 20 000 dollars d’intérêts par mois depuis 1997. Un « cadeau » de leur père qui n’aurait pas été déclaré.

La fraude fiscale est passible de cinq à dix ans de prison.

© libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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