Paradis fiscaux et judiciaires

Le Président rattrapé par la « Françafrique »

vendredi 27 juillet 2007

Le Président rattrapé par la « Françafrique »

Le chef de l’Etat entame sa tournée par le Sénégal, avant de rejoindre le Gabon.

Par THOMAS HOFNUNG

QUOTIDIEN : vendredi 27 juillet 2007

En 1995, pour son premier voyage en Afrique subsaharienne en tant que président, Jacques Chirac avait visité le Sénégal, la Côte-d’Ivoire et le Gabon, trois piliers traditionnels du pré carré français sur le continent. Douze ans plus tard, son successeur, Nicolas Sarkozy, était, hier, à Dakar, première étape de sa première « tournée » africaine. Aujourd’hui, il sera au Gabon, chez le « doyen » Omar Bongo, au pouvoir depuis. 1967. Seule l’escale d’Abidjan a disparu du périple, le contact entre l’Elysée et le président Gbagbo n’ayant toujours pas été rétabli. Serait-ce là la seule rupture avec l’ère Chirac ?

L’année dernière, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy avait prononcé un discours musclé au Bénin, assurant vouloir rompre avec la « Françafrique » de papa fondée, en grande partie, sur des liens personnels et opaques. « Ce n’est ni à Dakar, ni à Libreville, que le Président pouvait prononcer un discours annonçant la rupture avec les usages du passé », confie l’un de ses conseillers.

Rumeurs. Le choix des étapes de ce premier voyage du Président Sarkozy en Afrique fut un véritable casse-tête, alimentant une querelle entre les « Anciens » et les « Modernes ». Les premiers ont plaidé pour le respect des liens traditionnels, les seconds pour une étape au Ghana ou en Afrique du Sud, deux pays anglophones, ou en république démocratique du Congo, soutenue à bout de bras par l’Union européenne. Ils n’ont pas eu gain de cause.

Nicolas Sarkozy, lui-même en convient, a été rattrapé par le poids des traditions. Le Sénégal est « incontournable », dit-il. Tout comme le « doyen » Bongo : « En Afrique, le statut d’ancien, cela compte. Ne pas aller à Libreville, c’était humilier Bongo. »

Et le président français de rappeler qu’il ne s’est jamais rendu au Gabon. Certes, mais depuis son élection, il a déjà rencontré à deux reprises Omar Bongo à Paris, alimentant les rumeurs du « village franco-africain » sur ces liens, décidément bien particuliers avec Libreville.

Enquêtes. A défaut de rupture tonitruante avec les usages du passé, les observateurs auront noté des inflexions inédites à Paris depuis l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée. Saisie par des ONG, qui les accusent de détourner l’argent public, la justice française a récemment décidé d’enquêter sur le patrimoine immobilier du président Bongo et de son homologue congolais, Denis Sassou N’guesso, à Paris.

Autre première : deux Rwandais, recherchés par la justice internationale pour leur responsabilité dans le génocide de 1994, viennent d’être arrêtés en France, dans l’attente de leur éventuelle extradition.

Enfin, le « suicide » du juge Borrel à Djibouti a été brusquement requalifié en « assassinat », au lendemain de la réception à l’Elysée de sa veuve.

« Nous voulons promouvoir le changement, plutôt que de verser dans le déni des relations anciennes que nous entretenons avec des gens adoubés par leurs pairs africains », justifie un conseiller de Sarkozy.

Un changement dans la continuité plutôt qu’une rupture franche et nette.

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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