Paradis fiscaux et judiciaires

Mise en examen dans la nébuleuse Pasqua

mercredi 16 mars 2005

Mise en examen dans la nébuleuse Pasqua

L’intermédiaire se serait porté garant à Chypre d’un prêt opaque de 450 000 euros.

Par Fabrice TASSEL

mercredi 16 mars 2005 (Liberation - 06:00)

La brigade financière et le juge Courroye remontent la piste des 450 000 euros prêtés dans des conditions opaques à l’association de soutien à Charles Pasqua lors de la campagne pour la présidentielle de 2002. Cette somme, qui a été dépensée mais pas remboursée par l’ancien ministre de l’Intérieur, avait suscité l’ouverture d’une information judiciaire pour « blanchiment ». Dernier épisode en date : la mise en examen, le 24 février, de Pierre Fernandez. Cet intermédiaire du monde des affaires, déjà cité dans l’affaire Elf, est l’ayant droit d’Arbitron, une société offshore qui a garanti, auprès de la Banque populaire de Chypre, le prêt accordé à Pasqua. Des documents saisis dans la banque par le juge et la brigade financière ont permis cette découverte.

Pierre Fernandez, qui s’est vu interdire de quitter la France, a un profil atypique. Conseiller technique auprès de Pierre Bérégovoy au ministère de l’Economie, il est ensuite devenu conseiller financier, travaillant notamment auprès d’Etienne Leandri. Celui-ci, proche de Pasqua, a été pendant des décennies au coeur des principales affaires touchant au commerce d’armes ou de pétrole. De son côté, Fernandez a représenté, à l’étranger, les intérêts de plusieurs grandes sociétés françaises comme Elf ou Thomson. Son avocat, Me Darrois, n’a pas répondu à la sollicitation de Libération.

Pierre Fernandez a, lui, démenti être mêlé à ce prêt. Peu avant que les 450 000 euros soient versés à l’association de Pasqua, Fernandez avait revendu ses parts à Noulis Pavlopoulos, le doyen de l’université Léonard-de-Vinci de Nanterre (créée par Pasqua en 1995) déjà mis en examen pour « blanchiment » en septembre. La disparition de Fernandez des statuts d’Arbitron n’a donc pas convaincu le juge Courroye.

De fait, le montage ayant abouti à ce prêt s’avère particulièrement complexe et est destiné à rester occulte. Lors de son audition, Pavlopoulos a ainsi expliqué qu’à l’origine, cet argent devait servir à l’achat d’un terrain, avant qu’il ne décide de le prêter à Pasqua. Comme par hasard, une note saisie au domicile de Pavlopoulos, signée d’un avocat chypriote, expliquait que, si l’argent servait à un investissement immobilier, les autorités chypriotes pouvaient bloquer la transmission d’informations à la justice française.

Si ce document s’est révélé inefficace, puisque les statuts d’Arbitron ont finalement été donnés, l’enquête n’est pas encore bouclée. En effet, en matière de blanchiment, le délit n’est constitué que si l’origine de l’argent est identifiée, ce qui n’est pas encore le cas. Et si d’aventure les 450 000 euros avaient été déposés en espèces sur le compte de la Banque centrale de Chypre, les chances de remonter au bout de la filière seraient minces.

© libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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