Paradis fiscaux et judiciaires

Un juste à Monaco

mercredi 8 août 2007

L’Express du 11/07/2002

Un juste à Monaco par Gilles Gaetner

Ancien juge d’instruction dans la principauté, Charles Duchaine raconte ses déboires

Il fallait une bonne dose de courage - et sans doute d’inconscience - pour dénoncer les pratiques plus qu’étranges de la justice monégasque. Pourtant, un juge d’instruction, Charles Duchaine, a osé : il raconte, preuves à l’appui, son aventure, vécue, de 1995 à 1999, à l’occasion de son détachement dans la principauté.

Si le titre de son livre, Juge à Monaco, est des plus sobres, Duchaine, tout au long de son récit, n’épargne personne. Ni l’ex-procureur général Gaston Carrasco, qui ne cessa de stopper ses instructions, ni l’ancien directeur des services judiciaires Noël Museux, qui l’accueillit fraîchement par un « Ici, pas un mot à la presse ».

En ce mois de septembre 1995, lorsque le jeune juge (34 ans) quitte le tribunal d’Aurillac (Cantal) pour débarquer à Monaco, avec femme et enfants, il a tout lieu d’être heureux : un salaire supérieur de 30% à celui de l’Hexagone, un appartement spacieux et un cadre de vie enchanteur.

Mais Charles Duchaine déchante très vite. Idéaliste épris de justice, il découvre rapidement que pressions et privilèges sont monnaie courante à Monaco. Car, dans ce paradis fiscal de 2 kilomètres carrés, il est hors de question de s’attaquer aux personnalités bien en cour auprès du prince ou aux gros bonnets qui blanchissent leur argent dans les banques de la place.

Et le magistrat de citer le cas de Ricardo Fanchini, représentant de la mafia russe, qui sponsorise le Grand Prix de formule 1. Le 17 mai 1996, jour de la compétition, Duchaine souhaite l’interpeller. L’initiative ne plaît guère aux organisateurs. Fanchini est alors « miraculeusement » alerté sur les intentions de Duchaine. Résultat : le mafieux et ses acolytes prennent la poudre d’escampette quelques heures avant le début du Grand Prix...

Des cas de ce style, Duchaine en a vécu des dizaines. Jusqu’à ce que, un jour, écœuré, il se rebiffe. Mal lui en prend : il écope d’une réprimande et se voit cantonner dans une fonction de juge des enfants ! Là, c’est trop : en 1999, Duchaine demande sa mutation. Direction : le pôle financier de Bastia (Haute-Corse), où il peut - enfin - appliquer sa devise : « Servir sa conscience et la loi ».

© L’Express.

Publié avec l’aimable autorisation du magazine L’Express.

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