Paradis fiscaux et judiciaires

Les liens entre Falcone et Pasqua mis à jour

mercredi 4 août 2004

Les liens entre Falcone et Pasqua mis à jour

JUSTICE

NOUVELOBS.COM | 04.08.04 | 12:17

Le Canard enchaîné publie mercredi des extraits d’une note de synthèse de la brigade financière datée du 8 juillet dernier décrivant les rouages d’un véritable "pacte de corruption" entre le courtier en armes Pierre Falcone et le clan Pasqua. Les extraits publiés mettent en évidence des virements de Pierre Falcone sur un compte de Jean-Charles Marchiani.

Le Canard enchaîné publie mercredi 4 août des extraits d’une note de synthèse de la brigade financière datée du 8 juillet dernier décrivant les rouages d’un véritable "pacte de corruption" entre le courtier en armes Pierre Falcone et le clan Pasqua. Cette note met en effet en évidence d’une part les liens financiers entre Pierre Falcone et Jean-Charles Marchiani, dont on soupçonnait l’existence depuis le témoignage de deux secrétaires de Pierre Falcone devant le juge Courroye en 2002, et d’autre part de gros versements faits par le courtier d’armes au fils de Charles Pasqua, Pierre-philippe Pasqua. Les extraits publiés mettent en évidence des virements de Pierre Falcone sur un compte "Stef" que Jean-Charles Marchiani possédait à la banque Indosuez de Genève, pour un montant de 497.429 dollars puis 1,6 million de francs. Selon la brigade financière, ces versements auraient transité par le compte d’Yves Manuel, le voisin de Marchiani, qui aurait confirmé son rôle d’intermédiaire au juge Courroye.

"Au mépris absolu des lois"

D’après les extraits publiés par le Canard enchaîné, la brigade souligne que "Jean-Charles Marchiani a invariablement nié les faits et éludé la question des comptes à l’étranger en se réfugiant derrière l’évocation d’improbables ’systèmes’ qu’il aurait ’mis en place’ pour assurer le renseignement ou des opérations du type récupération des pilotes en Serbie". Malheureusement pour Jean-Charles Marchiani, d’autres documents que le Canard Enchaîné a pu se procurer (édition du 2 juin 2004) montreraient que les dizaines de millions en question déposés sur les comptes suisses seraient loin d’avoir été complètement utilisés aux fins décrites par Jean-Charles Marchiani, pouvant ainsi fructifier avant que la justice helvète ne les bloque. Par ailleurs, la brigade financière indique que l’ancien préfet du Var aurait fait avertir Pierre Falcone de l’imminence d’une perquisition fiscale dans les locaux de sa société en décembre 1996, "au mépris absolu des lois de la République" souligne la note. Une fois encore, le voisin Yves manuel, aurait servi d’intermédiaire au cours d’un dîner au restaurant "Chez Edgar".

"Je ne connais pas M. Falcone"

D’autre part, la synthèse de la brigade financière met en cause les dires de Charles Pasqua qui avait affirmé au juge Courroye : "Je ne connais pas M. Falcone et je n’ai jamais été mis au courant de ses activités." Or, l’audition de deux secrétaires et la saisie de "mémos" dans la société de Pierre Falcone contredisent cette version. Selon la brigade, "Charles Pasqua et sa secrétaire particulière connaissait Pierre Falcone", dont il fréquentait parfois l’hôtel particulier rue Klébert, à Paris. Ces découvertes mettent à mal la justification de Charles Pasqua quant à sa prise de position en faveur du régime angolais de l’ancien marxiste Dos Santos en 1993. L’ancien ministre affirmait en effet que son soutien à la vente d’armes vers ce pays n’était dû qu’à des considérations géopolitiques. Par ailleurs, des liens auraient été mis en lumière entre la secrétaire particulière de Charles Pasqua et les banquiers de Paribas qui finançaient les ventes d’armes à des conditions très intéressantes et se seraient vus, eux aussi, virer de fortes sommes sur des comptes personnels en Suisse.

Le fils Pasqua aussi

Enfin, la note de synthèse souligne que Pierre-Philippe Pasqua, le fils de l’ancien ministre réfugié en Tunisie depuis cinq ans, aurait également vu ses comptes enfler, à des périodes coïncidant avec une forte prise de position de son père en faveur de la vente d’armes vers le pays de Dos Santos. Ainsi, on peut lire sur le fac-similé publié par Le Canard que "via deux comptes bancaires écran à Madère et Buenos Aires, Pierre Falcone verse le 9 septembre 1994 la somme de 9,8 millions de francs à Pierre-Philippe Pasqua."

Chantage au pétrole

Par ailleurs, la détermination du juge Courroye pourrait avoir des incidences sur l’approvisionnement pétrolier de la France, croit savoir le Canard enchaîné. Le journal indique en effet que la France ferait l’objet d’un chantage du président angolais Dos Santos sur le sort de Pierre Falcone. Selon le Canard, le président Dos Santos menacerait de refuser à Total de nouveaux permis d’exploitation de gisements pétroliers en Angola si des charges sont retenues contre Falcone. Le président angolais fait jouer la concurrence en laissant entendre qu’il pourrait donner le permis d’exploitation du gisement offshore de Rosa, pourtant découvert par les Français, aux Américains d’Exxon. Une menace prise très au sérieux par Total, qui fait part de son inquiétude pour son niveau d’approvisionnement en 2007.

Après avoir envoyé Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de l’Elysée, à Luanda début juillet, la France, et notamment le Garde des Sceaux Dominique Perben, aurait reçu à plusieurs reprises Carlos Feijoa, le chef de la "Casa Civile" de Dos santos.

Selon la Lettre du Continent, publication spécialisée sur l’Afrique citée par le Canard, une réunion aurait même été convoquée à l’Elysée pour tenter de mesurer les conséquences pétrolières que pourrait avoir la détermination du juge à faire toute la lumière sur l’affaire des ventes d’armes. Une des revendications de Dos Santos serait notamment le retrait de la plainte du ministère français de la Défense pour trafic d’armes. Celle-ci, qui avait été déposée du temps du socialiste Alain Richard, constituait en effet le préalable aux poursuites contre Pierre Falcone.

© Le Nouvel Observateur 2003/2004

Publié avec l’aimable autorisation du Nouvel Observateur.

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