Paradis fiscaux et judiciaires

MAFIA, ES-TU LA ?

lundi 18 mars 1996

L’Expansion 18/03/1993

MAFIA, ES-TU LA ?

Plusieurs enquêtes concluent aujour-d’hui à un essaimage de la Mafia dans toute l’Europe.

L’argent sale, enquête sur un krach retentissant par François d’Aubert Plon, 568 pages, 140 francs

False Profit, the inside story of BCCI, the world’s most corrupt financial empire par Peter Truel et Larry Gurwin Houghton Mifflin, New York, 524 pages

L’Europe des parrains, la Mafia à l’assaut de l’Europe par Fabrizio Calvi Grasset, 320 pages, 120 francs

Malgré quelques signes précurseurs de contagion, on regardait hier encore les phénomènes de mafia et d’argent sale comme des spécialités italiennes ou américaines.

Mais, l’an dernier, les deux plus célèbres juges anti-Mafia italiens, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, ont été assassinés alors qu’ils enquêtaient sur les bases arrière de Cosa Nostra en Allemagne. Et, mi-janvier, un rapport parlementaire de François d’Aubert et Bertrand Gallet est venu conforter des soupçons sur les tentatives de pénétration de la Mafia en France.

Des signes tendant à prouver que l’épidémie aurait gagné toute l’Europe. Un diagnostic confirmé par des livres récemment parus. Député UDF de la Mayenne, François d’Aubert a été l’un des premiers hommes politiques français à s’intéresser à cette menace, lors d’une enquête parlementaire sur l’affaire Parretti-Fiorini, ces sulfureux financiers soutenus un temps par le Crédit lyonnais.

Dans son livre, L’Argent sale, on voit les deux Italiens, déjà mêlés à des scandales dans la péninsule, tenter une offensive dans la presse française, créer des sociétés au Luxembourg et à Genève, racheter une des majors du cinéma américain, avec l’appui de la filiale néerlandaise du Crédit lyonnais. Le récit, méticuleux, parcourt cette vaste zone d’ombre qui s’est constituée au coeur de nos économies et de nos systèmes financiers, cet espace entre crime et légalité que des affairistes bien introduits ou des mafiosi conquérants utilisent pour prospérer et blanchir leurs profits. Une zone si vaste qu’une banque nationalisée peut s’y égarer, en y laissant des milliards et une partie de son image.

C’est dans cette région obscure qu’évoluait aussi la BCCI, dont deux journalistes américains racontent l’aventure, de sa fondation en 1972 au scandale de 1991. Banque du crime et de la corruption, la BCCI avait son siège social au Luxembourg et pignon sur rue en Europe comme à Washington. De même que Parretti, elle était protégée par des holdings anonymes, des sociétés écrans, des secrets bancaires, des paradis fiscaux et des hommes d’influence. Paravents discrets pour des affaires légales - mais aussi refuges pour escrocs.

Parmi ces abris symboliques, Monaco est officiellement au-dessus de tout soupçon. Mais pourquoi la principauté est-elle une affaire qui tourne dans une Europe en crise ? Journaliste à Nice-Matin, Roger-Louis Bianchini va bien au-delà des explications classiques - un prince rassurant, un climat propice à la villégiature, des avantages fiscaux. Il démonte le système des sociétés anonymes monégasques et des sociétés civiles immobilières, qui masquent l’identité de leurs actionnaires. Il explique comment les capitaux affluent avec les implantations bancaires et la flambée immobilière.

Il décrit le réseau des grandes familles, qui se partagent les affaires d’une principauté de plus en plus envahie par des joueurs et des financiers transalpins.

Y a-t-il un plan délibéré des mafias pour conquérir l’Europe ? En bon connaisseur des grandes organisations criminelles italiennes, le journaliste Fabrizio Calvi dresse un état des lieux complet et plutôt alarmiste de cette Europe des parrains qui date des années 60, et dont on commence seulement à mesurer les forces. Quand les policiers les découvrent, il est déjà trop tard, constate-t-il.

De l’affaire des pots-de-vin de Milan aux tentatives de rachat de casinos en France, des sociétés de commerce en Allemagne aux entreprises de travail clandestin en Belgique, des investissements immobiliers en Espagne aux détournements de sub ventions communautaires, la pieuvre est déjà à l’oeuvre, profitant des différences de législation, de l’ignorance des enquêteurs et des rivalités entre corps de police.

Au terme de ce voyage, l’auteur en appelle à une meilleure coordination européenne et cite Domenico Sica, ancien responsable du haut commissariat chargé de la lutte contre le crime organisé à Rome : Si nous voulons empêcher l’irrémédiable, il nous faut faire vite.
Et nous attaquer sans attendre aux nouveaux objectifs de Cosa Nostra : l’Autriche et le système bancaire de l’Est.

VINCENT NOUZILLE

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