Paradis fiscaux et judiciaires

"J’ai ouvert des comptes en Suisse pour Yasser Arafat"

jeudi 17 février 2005

Nº2102 SEMAINE DU JEUDI 17 Février 2005

Les incroyables confessions d’un financier israélien...

« J’ai ouvert des comptes en Suisse pour Yasser Arafat »

Extraits d’un article de D Nora sur le site du Nouvel Observateur :

Attablé dans un café cosy de la banlieue nord de Tel-Aviv, Uzrad Lew, 44 ans, cheveux ras, jean et cardigan de laine polaire gris, parle en me fixant d’un regard bleu gris. L’homme est un ancien du renseignement militaire israélien, devenu conseiller financier à Tel-Aviv. « En février 1997, dit Uzrad Lew, j’ai été présenté au trésorier d’Arafat, Mohamed Rachid, par notre ami commun Yossi Ginossar. » Ginossar est un ancien de l’agence de contre-espionnage, le Shin Beth, reconverti en businessman. Très proche des Palestiniens, il a joué les intermédiaires officieux entre Arafat et les Premiers ministres israéliens successifs : Benyamin Netanyahou, puis Itzhak Rabin, Shimon Peres, Ehoud Barak... Dans cette fonction, Yossi Ginossar a noué avec Mohamed Rachid des liens quasi fraternels.

Grâce à ce parrainage, Lew est recruté par Rachid, en février 1997, pour gérer l’argent secret de l’Autorité palestinienne. Confidentialité absolue et fort rendement exigés. « Rachid et Arafat pensaient qu’en impliquant des Israéliens politiquement bien connectés ils s’achetaient une quasi-immunité », analyse Uzrad Lew. Chacun pensait ainsi sans doute « tenir » un peu l’autre camp.

Après les scandales Marcos et Mobutu, le financier du raïs avait aussi besoin d’une onction israélienne pour ouvrir plus facilement les coffres-forts suisses.

Deux mois plus tard, c’est chose faite : Uzrad Lew a créé pour Arafat la compagnie financière Ledbury, installée dans le paradis fiscal des îles Vierges britanniques. Et il convainc un établissement réputé de Genève : la banque Lombard Odier & Cie, de gérer ces fonds.

Pour rassurer le banquier, Richard de Tscharner, Mohamed Rachid répond aux questions délicates dans une lettre de deux pages à en-tête du bureau du président de l’Autorité nationale palestinienne (voir fac-similé). La structure offshore ? C’est pour échapper « aux impôts israéliens ». Les fonds ? Ils proviennent des « revenus des Impôts et des Douanes, revenus découlant de diverses activités économiques de l’Autorité palestinienne, à travers ses sociétés d’Etat ». Surtout, l’Autorité palestinienne s’engage à ne pas utiliser cet argent « pour une guerre ou des activités de nature agressive ».

La gestion de Ledbury est plus tard partagée avec trois autres établissements helvètes : AtlanticOmnium, Soditic et la filiale suisse d’Atlas Capital basée à Londres. « Entre août 1997 et la fin de l’année 1999, Ledbury a engrangé plus de 65 millions de dollars de profits, et ses avoirs ont dépassé 300 millions de dollars », raconte Uzrad Lew. Les performances financières se dégraderont cependant en 2000 et en 2001.
Au passage, Lew et Ginossar ne s’oublient pas : ils ont créé ensemble la société israélienne ARK : abréviation en hébreu de « Nous Voulons Argent » ! Mais pour ne pas être payés directement par les Palestiniens, leurs émoluments sont versés par les banquiers suisses à une société offshore (Gromingo Holdings devenue Financial Equities).

Au plus fort de leur activité, les deux gestionnaires auraient touché chacun 1 million de dollars par an en commissions.

Mais ce n’est pas tout. Pour faire fructifier la fortune de quelques hauts dignitaires palestiniens liés à Rachid, l’Israélien dit avoir via un trustee à la Cairo Amman Bank ouvert chez Soditic un compte appelé Super-a-Din.

Plus contestable : selon Lew, Ginossar a aussi « remercié » un universitaire américain militant pour la paix, qui l’avait fait entrer dans le premier cercle d’Arafat, en créant avec lui une société offshore Brichrobe, où ils touchent de l’argent sur les transactions entre l’Autorité palestinienne et ses fournisseurs israéliens de pétrole et de ciment. Brichrobe, à son tour, aurait versé des dessous-de-table sur l’un des comptes suisses personnels de Mohamed Rachid. Avec cet argent-là, explique Lew, Rachid aime spéculer notamment sur l’action de la société internet israélienne Checkpoint ! Le trésorier d’Arafat, pour sa part, a toujours démenti ces accusations d’enrichissement personnel.

En 2000, les marchés financiers dévissent : Ginossar et Lew se querellent âprement sur le partage de leurs commissions. Et puis, un jour de la fin août 2001, le banquier Tscharner convoque d’urgence les deux Israéliens à Genève : Rachid, sans prévenir, a retiré 65 millions de dollars de Ledbury. Un virement, identifié par un énigmatique « transfer to bank in London ». Depuis fin 2000, les attentats terroristes se multiplient en Israël. Ça sent le roussi. Les trois hommes décident de fermer Ledbury.

Lire la suite sur le site du Nouvel Observateur.


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