Paradis fiscaux et judiciaires

Un épais mystère entoure la fortune réelle du leader historique

mercredi 10 novembre 2004

Le Temps

INTERNATIONAL : Luttant contre la mort à Paris, Yasser Arafat pourrait être enterré à la Mouqataa de Ramallah

Date de parution : Mercredi 10 novembre 2004

Extraits :

Un épais mystère entoure la fortune réelle du leader historique

Serge Dumont

Une partie du trésor du raïs palestinien a été placée sur des comptes en Suisse.

« Oui il y a toujours eu des comptes secrets et c’était une erreur d’Arafat de gérer les affaires comme cela. Je le savais, nous le savions tous, mais personne n’a jamais osé le lui dire. »

Les bouches commencent à s’ouvrir à Ramallah après le départ du raïs et Imad Chakour, un proche conseiller du président de l’Autorité palestinienne (AP), n’est pas le dernier à parler. Mais il n’est pas le seul. Vice-ministre, Zoufian Abou Zaïda (l’une des personnalités politiques les plus respectées de la bande de Gaza) estime que « Yasser Arafat n’est pas personnellement corrompu ». « Il a toujours vécu très simplement et sans aucun bien personnel », affirme-t-il. « En revanche, il a toujours su comment s’attirer des fidélités. » En proposant des honneurs et de l’argent. Selon le vice-ministre palestinien des Prisonniers, Juhadhi Jourahi, 30% des cadres de l’AP auraient ainsi été nommés par le raïs et payés par des moyens extra-budgétaires.

Selon leur rang et leurs grades, certains – tels ces officiers de la « Force 17 » (la garde présidentielle) – bénéficiaient d’allocations mensuelles en argent ou en essence qu’ils pouvaient ensuite revendre. D’autres ont bénéficié de monopoles sur l’importation de produits pétroliers dans les Territoires dès la création de l’AP (1994). Il a d’ailleurs fallu attendre le 21 juin 2003 pour que le ministre des Finances, Salem Fayed, réussisse à prendre le contrôle de la Régie des pétroles dont les revenus (plusieurs dizaines de millions d’euros par an) étaient jusqu’alors versés dans les caisses du Service palestinien de sécurité préventive (le plus important des services de sécurité palestinien alors dirigé par Jibril Rajoub en Cisjordanie et Mohamad Dahlan à Gaza) ainsi que dans celles du cabinet d’Arafat.

Subsides européens détournés

De nombreuses estimations sujettes à caution circulent depuis longtemps sur la fortune du président palestinien. Si le quotidien israélien Haaretz cite le chiffre d’un milliard de dollars, le magazine Forbes parle plus modestement de 300 millions, mais classe le raïs parmi les dix chefs d’Etat les plus riches. A Ramallah, les responsables du Fatah prétendent en tout cas que le mystérieux « trésor » du raïs a été constitué du temps de l’OLP – donc de la lutte clandestine contre Israël – lorsque la plupart des pays arabes et les Etats membres du bloc communiste contribuaient financièrement au combat des Palestiniens.

Une explication un peu étroite puisque, outre l’enquête ouverte en 2003 par le Parquet de Paris sur l’origine des fonds versés mensuellement à la femme du raïs, Souha Arafat, à partir de la Suisse, le Trésor israélien qui prélevait avant l’Intifada une série de taxes et de droit de douane pour le compte de l’AP a révélé que 10% de ces sommes ont longtemps été reversés sur un compte bancaire ouvert dans une banque de Tel-Aviv par Arafat et par son conseiller financier, Mohamad Rachid, à Tel-Aviv.

Pour l’heure, l’Office de lutte anti-fraude (OLAF) de l’Union européenne n’a pas encore clôturé l’enquête ouverte il y a près de deux ans sur le détournement éventuel de subsides européens par l’AP. En revanche, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé en septembre 2003 que la présidence palestinienne aurait escamoté 792 millions d’euros de fonds publics entre 1995 et 2000. Une partie de cet argent a, semble-t-il, été virée sur des comptes ouverts en Suisse et dans les paradis fiscaux, mais une autre a été investie dans la Palestinian Commercial Services (PCS), une firme dirigée par Mohamad Rachid et qui possède des participations dans de nombreuses autres entreprises européennes ou américaines.

En 2002, désireux de renflouer le budget palestinien déficitaire, Arafat et Rachid ont également créé le Palestinian Investment Fund (PIF), mais leur gestion s’est révélée hasardeuse. En février 2004, le fonds a d’ailleurs vendu une partie de ses avoirs et Rachid a démissionné. Selon les responsables palestiniens, ce kurde irakien est le seul à pouvoir donner des indications précises sur les comptes du raïs, mais il a, dans ce domaine, la réputation d’être muet comme une tombe.

Lire la suite de l’article sur le site internet du journal Le Temps.


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