Paradis fiscaux et judiciaires

Le rapport parlementaire sur la Mafia fait des vagues à Grenoble

dimanche 4 février 1996

Le rapport parlementaire sur la Mafia fait des vagues à Grenoble

Après trois mois de travaux, les députés ont présenté officiellement hier
leur document.
La polémique sur le cas grenoblois est ouverte.

LE rapport d’enquête parlementaire sur la Mafia en France a été présenté officiellement, hier, à Paris. Bien que la Mafia ne soit pas d’implantation hexagonale généralisée, la France sert de voie de communication à des trafics où l’organisation criminelle est partie prenante et de base de repli (voir « l’Humanité » du 3 février). C’est dans ce cadre que le rapporteur socialiste de la commission, Bertrand Gallet, a parlé, « sous réserve de précision », du cas grenoblois. La mention de Grenoble a aussitôt provoqué des remous dans la capitale des Alpes.

Le procureur de la République reproche à Bertrand Gallet et à François d’Aubert, président UDF de la commission, d’avoir pointé dans ce document le nom d’un ressortissant sicilien présenté comme une tête de pont de la Mafia à Grenoble. « Inutile de préciser que cet homme et ses complices éventuels sont maintenant sur leurs gardes », a expliqué Michel Albarède dans un entretien à « France-Soir ». Selon lui, les révélations de la commission ont pour effet de « démobiliser les services de police, de réduire à néant plusieurs mois d’enquête ».

Preuve de son mécontentement, le procureur a décidé d’arrêter les enquêtes en cours à Grenoble, prétendant qu’« il n’est pas dans les pouvoirs des parlementaires d’intervenir dans les enquêtes judiciaires ». Les membres de la commission, quant à eux, ont jugé « tout à fait invraisemblable » l’attitude du procureur. Selon François d’Aubert, « la commission d’enquête est souveraine et n’a pas de comptes à rendre au procureur de Grenoble » et le fait de stopper les recherches constitue dans ces conditions « un cadeau à la Mafia ». Bertrand Gallet s’est demandé ensuite « s’il y avait vraiment une enquête à Grenoble ». On sait, par ailleurs, que le maire, Alain Carignon, a souhaité que le conseil municipal vote prochainement le dépôt par la commune d’une plainte contre X.

Les informations contenues dans le rapport sont-elles erronées ou excessives ? Deux courts témoignages y figurent. En novembre dernier, devant la commission parlementaire italienne d’enquête sur la Mafia, deux repentis parlent de ramifications de Cosa Nostra en France. Les deux évoquent « des cellules de dix en France », Leonardo Messina ajoutant le nom de Grenoble. Exactement huit lignes sont consacrées par le rapporteur à l’exemple grenoblois : « La famille installée à Grenoble où vit une forte communauté sicilienne serait rattachée à la famille Sommatino, dont le fief est le village (8.000 habitants) du même nom situé à proximité de Caltanissetta. Un certain Giacomo Pagano, membre présumé de la famille Sommatino et résidant en France, fait l’objet d’une enquête de la police italienne. La famille Sommatino aurait des liens avec le clan de Caltanissetta dirigé par Giuseppe Madonia, qui a été arrêté en mars 1992. »

Faut-il voir là une violation d’un secret quand le nom de Giacomo Pagano est cité par la presse italienne, notamment par le quotidien « la Repubblica », depuis le 18 novembre 1992 ?

BERNARD DURAUD.

Journal l’Humanité

Rubrique Articles

Article paru dans l’édition du 4 février 1993.

Publié avec l’aimable autorisation du journal l’Humanité.

Visitez le site du journal l’Humanité.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 3341 / 569965

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Alliés de la lutte contre les PFJ  Suivre la vie du site Les femmes et les hommes Politiques  Suivre la vie du site François d’Aubert   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.17 + AHUNTSIC

Creative Commons License