Paradis fiscaux et judiciaires

De la Calabre à la Ruhr, la « vendetta de San Luca »

samedi 18 août 2007

International

Article paru le 17 août 2007

Monde

De la Calabre à la Ruhr, la « vendetta de San Luca ».

Mercredi matin, la petite ville industrielle de Duisbourg, dans le bassin de la Ruhr, s’éveillait dans une aube rouge sang après le meutre de six personnes. Un carnage que la police allemande n’a pas tardé à identifier, en partenariat avec son homologue italienne, comme un règlement de comptes entre deux familles membres de la mafia calabraise, la N’Drangheta, moins connue que sa concurrente sicilienne, la Cosa Nostra, mais tout aussi puissante depuis les années quatre-vingt-dix grâce au trafic de cocaïne et à la contrebande d’armes - activités criminelles qui lui rapportent annuellement 35 milliards d’euros.

Giuliano Amato, ministre de l’Intérieur italien, soulignait mercredi soir que la tuerie de Duisbourg s’inscrivait probablement dans la continuité de la « vendetta de San Luca », ville fief de la N’Drangheta en Calabre et théâtre d’une série de règlements de comptes entre deux familles depuis 1991. Des vengances familiales caractéristiques, mais qui, pour la première fois, se produisent en territoire étranger. Or la mafia calabraise est particulièrement infiltrée en Allemagne et, sur les 7 000 membres supposés de la N’Drangheta, 160 vivraient en Allemagne, surtout dans la Ruhr, à Erfurt et à Leipzig.

Cette localisation s’explique, d’une part, par la situation économique et géographique de l’Allemagne, propice au blanchiment d’argent et plaque tournante pour la contrebande d’armes et le trafic de drogue vers l’Europe de l’Est et les Balkans. D’autre part, la Ruhr constitue, depuis les années cinquante, un lieu de regroupement communautaire pour les Italiens, notamment les Calabrais, venus en masse en tant que Gastarbeiter (littéralement ouvriers invités - NDLR) pour fuir la misère de leur région (on estime à 4 000 le nombre d’Italiens vivant à Duisbourg sur 500 000 habitants).

Terre d’asile, donc, mais aussi terre d’exil pour les mafiosi désireux de se soustraire à la justice de leur pays. Le système de « protection » importé par les familles mafieuses s’est également perpétué jusqu’à la troisième génération d’immmigrants, les propriétaires de pizzerias et autres commerces étant contraints de se mettre sous la tutelle des parrains locaux.

Le cas Giorgio Basile montre bien à quel point la mafia calabraise est infiltrée dans la Ruhr : en 1998, Basile, surnommé dans le milieu Gueule d’ange, est arrêté par la police allemande pour le meurtre d’une trentaine de personnes. Le mafioso calabrais, arrivé à Duisbourg à l’âge d’un an, décide alors de rompre l’omerta en racontant son histoire. Après son procès, médiatisé outre-Rhin, le journaliste du Spiegel ndreas Ulrich en a tiré une biographie. Des mornes houillères de la Ruhr au soleil de Calabre, l’histoire d’un fils de modestes ouvriers immigrés « pris en charge » par un parrain local.

Hélène Rançon

Publié avec l’aimable autorisation du journal l’Humanité.

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