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L’Italie exemplaire en matière d’aide aux prostituées étrangères

samedi 8 septembre 2007

Europe

L’Italie exemplaire en matière d’aide aux prostituées étrangères

AP | 07.09.2007 | 16:41

Elizabeth, jeune Camerounaise âgée de 20 ans, est sortie de l’enfer de la prostitution forcée à Rome grâce à une loi italienne visant à lutter contre les trafiquants d’êtres humains qui obligent des jeunes femmes de pays pauvres à vendre leur corps pour payer au prix fort leur entrée, souvent illégale, en Europe.

D’autres pays européens ont des lois pour aider ces femmes, mais la législation italienne se distingue par sa souplesse : les filles sont encouragées, mais pas forcées, à témoigner contre ceux qui les exploitent. Quel que soit leur choix, elles bénéficient en outre d’un permis de séjour de six mois, qui peut être renouvelé pour un an s’il leur faut plus de temps pour trouver un emploi légal.

La politique italienne d’aide aux prostituées étrangères sera au coeur d’une conférence sur la lutte contre le trafic d’êtres humains organisée lundi et mardi à Vienne sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L’Italie est "le seul pays qui a une législation globale afin que les victimes, qu’elles collaborent ou non, reçoivent le soutien et l’aide" nécessaires, souligne Blanca Tapia, porte-parole de l’OSCE.

Marco Bufo, de l’organisation "Sur la route", qui aide les femmes victimes de la traite d’êtres humains, rappelle que la loi italienne a été initialement considérée "avec scepticisme" par d’autres pays européens car elle n’exige pas des femmes qu’elles dénoncent les trafiquants. Mais ces dernières années, "l’Italie est devenue une référence au niveau européen et international".

La loi italienne, adoptée en 1998, est notamment défendue par Soeur Eugenia Bonetti, une nonne de 68 ans qui vient en aide aux prostituées. Une fois par semaine, cette ancienne missionnaire en Afrique se rend avec des bénévoles dans une rue de Rome où des dizaines d’étrangères se prostituent. La passe se monnaye 10 à 15 euros pour les Africaines, deux fois plus pour les filles de l’Est.

A ce compte-là, il aurait fallu à Elizabeth, la jeune Camerounaise, des milliers de passes pour recouvrer la liberté et son passeport. Elle "a rapidement compris ce qui se passait et est sortie de là", explique Emanuela Moroli, directrice de Differenza Donna, organisation qui lutte contre les violences faites aux femmes et gère un foyer où Elizabeth a trouvé refuge.

Jeune femme intelligente, capable de s’exprimer en français comme en anglais, Elizabeth, qui sort tout juste de l’univers du trottoir, partage une modeste chambre avec une Ukrainienne sortie de la prostitution il y a deux mois.

La plupart des femmes prises au piège pensaient venir en Europe pour travailler légalement. Elizabeth rêvait elle de mener des études de médecine en Suède. Mais ses passeurs lui ont dit qu’elle devait d’abord passer par Rome, où elle avait des membres de sa famille. Là, son passeport lui a été retiré et elle a été contrainte de se prostituer.
La législation italienne favorise l’intégration sociale de ces femmes en leur donnant notamment accès à des cours d’italien et à des formations. Elizabeth "aura un avenir, nous y veillerons", assure Mme Moroli. "Elle suivra d’abord une formation d’infirmière. Elle trouvera tout de suite du travail et sera bien payée."

Soeur Bonetti estime que 50.000 à 70.000 étrangères sont contraintes de se prostituer en Italie. Une étude menée il y a deux ans évoquait le chiffre de 20.000, mais les experts reconnaissent qu’un recensement précis n’est pas possible, de nombreuses femmes travaillant dans des appartements ou clubs privés.

Entre 2000 et 2006, plus de 11.500 femmes sont sorties de la prostitution forcée grâce à la législation italienne, selon un récent rapport du gouvernement. Près de la moitié ont trouvé un emploi légal en Italie, quelques-unes sont retombées dans la prostitution et les autres ont rejoint les rangs des immigrés clandestins ou sont retournées dans leur pays.

La loi italienne reste la plus favorable aux femmes victimes du trafic d’êtres humains pour obtenir un permis de séjour. Une directive européenne de 2005 leur donne 30 jours de réflexion pour décider si elles acceptent ou non de coopérer avec les autorités pour éviter l’expulsion. De leur côté, l’Autriche et la Belgique ont une législation très complète, mais obligent les femmes à collaborer pour obtenir le droit de séjour.

© AP

Publié avec l’aimable autorisation de l’Associated Press.

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