Paradis fiscaux et judiciaires

Fin de cavale pour un parrain colombien

mercredi 12 septembre 2007

Fin de cavale pour un parrain colombien

Diego Montoya, un des plus gros trafiquants du défunt cartel de Cali, a été arrêté lundi.

Par Michel Taille

QUOTIDIEN : mercredi 12 septembre 2007

Bogotá de notre correspondant

Quand les soldats du groupe d’élite ont arrêté son fils, lundi matin dans l’ouest de la Colombie, la mère de Diego León Montoya s’est accrochée à lui. « Il n’est pas méchant », a-t-elle crié, dans la ferme isolée où tous deux étaient réfugiés avec une dizaine de gardes du corps. C’était pour son rejeton de 49 ans - ou 46, selon les documents d’identité - la fin d’une cavale entamée sept ans plus tôt. Le fils de l’humble María Georgina avait lentement grimpé les échelons du monde de la mafia, depuis le début des années 1990 où il se contentait de transporter des petites cargaisons de pâte de cocaïne, jusqu’à hériter dix ans plus tard d’une grande partie des structures du défunt cartel de Cali.

Son ascension a été entérinée officiellement en 2004 par le FBI, qui l’avait intégré à sa liste des dix hommes les plus recherchés au monde, au côté de Ben Laden. Depuis, la tête de « don Diego » - sur laquelle a finalement buté un soldat en courant à sa poursuite, l’homme étant caché sous un tas de feuilles - valait 5 millions de dollars. Pour moins ressembler à la photo du butor obèse que diffusaient les autorités, le parrain casanier s’était mis au régime et coupé les cheveux mais avait décidé de rester non loin de sa région natale, au nord de Cali, au prix d’une guerre sanglante.

En même temps qu’il assurait à sa vieille mère une retraite ensoleillée - dans un appartement de Miami, avec yacht -, il recrutait en Colombie une troupe de 500 à 600 paramilitaires pour se protéger des autorités et surtout de son concurrent, Wilber Varela. Les deux narcos, qui tentaient de s’abattre, dénonçaient les réseaux adverses sur Internet, faisant tuer des centaines de personnes. Les habitants de la région de Cali s’habituèrent alors à se coucher tôt, comme le leur recommandaient les tracts lancés d’avion par les deux mafieux.

Une trêve offrit à don Diego une courte accalmie avant que Washington ne confisque les biens balnéaires de sa mère et ne l’expulse, ainsi que son frère et principal lieutenant, Eugenio.

Fort de ses millions de dollars, le capo a dû sa survie et celle de son négoce à l’armée colombienne, qui l’a couvert de façon de plus en plus éhontée. Un colonel ordonna d’abord le massacre par ses hommes d’une commission judiciaire trop curieuse, l’an dernier.

La presse et les services secrets ont révélé récemment que le parrain s’était attaché les services d’une flopée d’officiers colombiens haut placés. « Apparemment, des membres des bataillons ont caché don Diego dans leur véhicule militaire et habillé ses hommes en soldats pour échapper à la police », affirmait hier le quotidien El Tiempo. Un plan d’évasion en hélicoptère d’Eugenio, capturé en janvier, aurait même été échafaudé avec des gradés.

Finalement séparé de sa mère, Diego León Montoya « pourrait être extradé en deux mois » aux Etats-Unis, selon le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos. Wilber Varela, lui, prospère désormais sans ennemi.

Les 700 tonnes annuelles de cocaïne produites par le pays ne resteront pas orphelines. Comme l’explique un autre narco captif, « Chupeta » : « Après moi viendra un autre, puis un autre, puis un autre… »

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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