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Pendant la répression, les groupes pétroliers continuent de s’activer en Birmanie

vendredi 28 septembre 2007

Economie

Pendant la répression, les groupes pétroliers continuent de s’activer en Birmanie.

AP | 28.09.2007 | 17:12

A la une, les manifestations ; dans l’ombre, les enjeux économiques. Alors que le monde s’émeut de la répression du mouvement pro-démocratique en Birmanie, les grands groupes pétroliers internationaux s’affairent, eux, à obtenir le marché juteux de l’exploitation des ressources naturelles du pays.

Dimanche, alors que les manifestations emmenées par les moines bouddhistes rassemblaient plusieurs milliers de personnes dans les rues, le ministre indien du Pétrole Murli Deora se trouvait dans la nouvelle capitale-bunker birmane de Naypyidaw pour y signer avec la junte un contrat au nom du groupe public ONCG Videsh, en vue d’exploiter trois concessions sous-marines.

De même, des sociétés chinoises, sud-coréennes ou thaïlandaises se disputent l’accès aux ressources largement inexploitées de la Birmanie. Côté français, Total - en partenariat avec le Malaisien Petronas - exploite les champs gazier de Yadana (sud), par le biais d’un gazoduc vers la Thaïlande, vers laquelle transite 90% du gaz birman, selon la firme thaïlandaise PTT Exploration & Production PLC.

Mercredi, le président français Nicolas Sarkozy a appelé mercredi les groupes français présents en Birmanie à geler leurs investissements dans le pays.

En réponse, Total a affirmé ne plus y avoir fait d’investissement depuis 1998. Et dit ne pas avoir l’intention de quitter le pays, jugeant qu’"un retrait forcé ne conduirait qu’au remplacement de Total par d’autres sociétés". Total extrait 17,4 millions de mètres cube de gaz naturel par jour de ses puits birmans, selon son site Internet.

Via leurs investissements, les grands groupes pétroliers sont accusés de soutien économique à la junte, voire de complicité avec les violations des droits de l’Homme perpétrées par le régime. Et la répression en cours des manifestations a fait s’intensifier les appels aux retraits de ces multinationales.

"Ils financent la dictature", estime Marco Simons, directeur juridique de l’ONG américaine EarthRights International, présente en Thaïlande et à Washington. "Les sociétés pétrolières et gazières sont l’une des principales industries qui maintiennent le régime en place".

Les réserves de gaz officielles de la Birmanie étaient de 538 milliards de mètres cube fin 2006, selon les statistiques mondiales du groupe British Petroleum. Soit seulement 0,3% des réserves mondiales, mais suffisamment pour rapporter deux milliards de dollars par an pendant les 40 prochaines années, aux niveaux de production actuels et au prix du gaz en Thaïlande.

"Cela souligne le potentiel que représente la Birmanie", résume Kan Wu, du centre de recherche East-West Center, spécialisé dans la zone Asie-Pacifique.

Au total, neuf compagnies étrangères se partagent 16 concessions terrestres d’exploration et d’exploitation du pétrole. En off-shore, neufs groupes (dont Total, Petronas, le Sud-Coréen Daewoo International ou encore le Chinois Sinopec) explorent ou développent 29 concessions, selon Total.

Malgré les sanctions économiques imposées par Washington et l’Europe, Total continue d’exploiter le champ gazier de Yadana, tout comme l’Américain Chevron, qui en détient 28% via le rachat d’Unocal.

Total et Unocal ont par le passé aussi été accusées de complicité dans les déplacements forcés de population à l’époque de la construction du gazoduc Birmanie-Thaïlande. Ainsi que d’avoir bénéficié du travail forcé imposé par la junte et de coopérer avec l’armée birmane dans la création d’une zone militarisée où les violations des droits de l’homme étaient la règle. Les deux sociétés ont rejeté ces accusations.

Pour justifier la poursuite de ses activités en Birmanie, Total explique également aujourd’hui que les entreprises qui remplaceraient les groupes présents pourraient avoir des préoccupations éthiques moindres.

De fait, la Chine - principal soutien diplomatique et partenaire économique de la Birmanie - lorgne sur ses réserves de gaz et sa position stratégique : selon des analystes, Pékin souhaiterait en effet construire gazoducs et oléoducs partant des ports birmans à destination du sud de la Chine pour faire transiter les hydrocarbures en provenance du Proche-Orient. L’Inde aussi a des intérêts bien compris en Birmanie.

De même, pour le groupe thaïlandais PTTEP, partenaire de Total et de Petronas en Birmanie, la production "continue à un niveau normal".

"Ce sont les affaires normales", explique Sidhichai Jaymant, directeur des relations extérieures du groupe. "Je ne vois d’impact dans un futur proche. Quand on a un contrat avec le gouvernement, on ne s’intéresse pas vraiment de savoir qui est le gouvernement".

© AP

Publié avec l’aimable autorisation de l’Associated Press.

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