Rwanda : l’argent du crime

Jeudi 1er janvier 2026 — Dernier ajout mercredi 7 janvier 2026

Nous évoquions dans Billets n° 40 comment une bonne part des crédits internationaux accordés au Rwanda de 1990 à 1994 avaient servi à équiper et armer les auteurs du génocide : au moins 112 millions de dollars, réclamés aujourd’hui aux survivants, avec les intérêts.

Mais il y a pire. On se souvient qu’en ce printemps tragique, le Hutu power était parti avec la caisse, plus exactement avec la Banque nationale du Rwanda (BNR) et tous ses avoirs, transplantés à Goma (Zaïre). Cela, nul banquier de la planète ne pouvait l’ignorer à la mi-juin 1994, dix semaines après le déclenchement du génocide. Or, du 14 au 23 juin, la BNP (Banque nationale de Paris) a accepté de la BNR sept ordres de prélèvement, pour un montant total de 22 073 140,15 FF. Pour payer les armes qui affluaient alors à Goma ?

La Banque de France elle-même a honoré six prélèvements après le 30 juin.

Le 5 mai 1994, sur ordre de la BNR, elle avait viré 435 000 FF à Alcatel. Est-ce le paiement du système de télécommunication cryptophonique évoqué le 9 mai à Paris, au siège de la Mission militaire de coopération, lors de la rencontre entre le général Huchon et le chef adjoint des FAR (Forces armées rwandaises) 1 ? Un matériel destiné à sécuriser les communications entre l’armée française et celle du génocide…

1. Cf. Dossiers noirs de la politique africaine de la France n° 1 à 5, L’Harmattan, p. 9-10 et 23-26.

François-Xavier Verschave Extraits de Billets d’Afrique et d’ailleurs n°44 mars 1997

Revenir en haut