Paradis fiscaux et judiciaires

Les déchets électroniques, de plus en plus volumineux, prennent la route de l’Asie

mardi 28 novembre 2006

ECONOMIE : Les déchets électroniques, de plus en plus volumineux, prennent la route de l’Asie.

Date de parution : Mardi 28 novembre 2006

Auteur : Ram Etwareea

CONFERENCE. Entre 20000 et 50000 tonnes de téléviseurs, portables, ordinateurs et autres équipements arrivent en bout de course chaque année. La Convention de Bâle s’y intéresse, au même titre qu’aux déchets chimiques et aux vieux navires.

Que faisons-nous de nos ordinateurs, imprimantes, téléviseurs, réfrigérateurs, téléphones portables, consoles et autres gadgets électroniques lorsqu’ils arrivent en bout de course ? Géré tant bien que mal jusqu’à il y a peu, ce problème prend désormais l’ampleur d’une énorme montagne de déchets dont il faut se débarrasser.

La planète génère chaque année entre 20 et 50 millions de tonnes de déchets électroniques. Lorsque les millions d’ordinateurs achetés chaque année (183 millions en 2004) seront hors d’usage, ils représenteront des tonnes de cadmium, de mercure, de plomb et d’autres poisons. Aux Etats-Unis, entre 14 et 20 millions d’ordinateurs personnels passent à la poubelle chaque année. Le nombre de téléphones portables passera à 2 milliards d’ici à 2008 et, lorsqu’on sait que la durée de vie d’un appareil est de deux ans, la quantité de déchets s’annonce considérable.

C’est la raison pour laquelle la Convention de Bâle (CB), qui régit le commerce et le transport des déchets toxiquess traite ce sujet en priorité lors de sa rencontre annuelle, qui a lieu du 27 novembre au 1er décembre à Nairobi, au Kenya. Pour sa directrice, Sachiko Kuwabara-Yamamoto, il est urgent de barrer la route à un commerce illégal planétaire.

En réalité, le trafic a déjà commencé. Officiellement, les déchets sont exportés vers l’Afrique et l’Asie pour être recyclés. Mais, selon diverses organisations, dont Basel Action Network, les ouvriers démontent les appareils sans aucune protection pour extraire l’or, l’argent, le cuivre, l’acier, et rejettent le reste (plastique, batteries) dans la nature.

Affaire de gros sous

Le commerce des déchets électroniques, chimiques et des vieux bateaux généralement bourrés d’amiante est régi par la CB. Il faut dire que l’année 2006 a été marquée par plusieurs retentissantes affaires. Ce printemps, la France a envoyé le porte-avions Clemenceau avec son amiante pour être démantelé à Alang, sur la côte ouest de l’Inde. Suite aux protestations indiennes et internationales, il est revenu au bercail.

En août, partant des Pays-Bas, le cargo Probo Koala a débarqué 400 tonnes de boues toxiques dans 17 décharges à ciel ouvert près d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Résultat, 10 morts et des milliers d’hospitalisations.

Actuellement, un accord de libre-échange Philippines-Japon fait couler beaucoup d’encre. Il abolit tous les contrôles sanitaires des déchets aux Philippines.

Le trafic de déchets est une affaire de gros sous. Selon le groupe écologiste français Robin des Bois, l’élimination d’un mètre cube de déchets toxiques coûte entre 400 et 680 dollars en Europe. En Afrique ou en Asie, c’est 15 fois moins cher.

La CB avance le chiffre de 7,5 millions de tonnes de déchets chimiques exportés en 2003, dont seulement un million a été éliminé en respectant les normes sanitaires et environnementales. En ce qui concerne les vieux bateaux, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh sont les destinations par excellence.

Il y a une semaine, l’association environnementale Legambiente a accusé la mafia italienne de proposer les services de l’élimination des déchets à des prix défiant toute concurrence.

Du poison dans les appareils électroniques

Cadmium* : effets irréversibles sur les reins, déminéralisation du squelette, toxique pour la nature.

Mercure* : dommages au cerveau.
Plastiques PVC : toxiques pour la reproduction.

Chrome VI* : réactions allergiques, cancérigène.
Béryllium : pneumopathies, cancer.

Plomb* : détérioration du système nerveux endocrinien et cardiovasculaire, hautement toxique pour les plantes et les animaux.

Retardateurs de flamme* : cancérigènes et neurotoxiques, volatils, bio-persistants.

*Produits interdits depuis le 1er juillet 2006 en Europe.
Sources : Greenpeace et Le Monde.

© Le Temps.

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