Guerre en Ukraine : « Londongrad », capitale déchue des milliardaires proches du Kremlin

Vendredi 11 mars 2022

International Royaume-Uni

Guerre en Ukraine : « Londongrad », capitale déchue des milliardaires proches du Kremlin

Un quartier ultrachic de l’Ouest londonien concentre le plus nombre d’oligarques au monde. L’une de ses figures de proue, Roman Abramovitch, a été inscrite jeudi sur la liste des sanctions britanniques.

Par Cécile Ducourtieux (Londres, correspondante) Publié hier à 11h56, mis à jour hier à 18h09

Une somptueuse villa couleur crème, des buis parfaitement taillés, une Tesla bleu nuit garée près d’une dépendance vitrée et du camion d’un entrepreneur en décoration – c’est tout ce que l’on devine du 16 Kensington Palace Gardens, l’une des adresses londoniennes de Roman Abramovitch dans la fameuse « allée des milliardaires », derrière le palais de Kensington et à deux pas de l’ambassade de Russie. Les passants sont rares, des panneaux rappellent qu’il est « interdit de photographier » l’allée. L’oligarque russe, réputé proche de Poutine, y réside-t-il encore ? « On n’y voit pas grand monde », témoignait un voisin tout début mars.

Le calme est trompeur dans ce quartier ultrachic de l’Ouest londonien, l’un des plus concentrés au monde en nombre d’oligarques. Abramovitch a officialisé, le 2 mars, la mise en vente du club de football de Chelsea, et à en croire le Times, de peur de figurer rapidement sur la liste des sanctions britanniques, il veut aussi céder cette prestigieuse adresse, ainsi qu’un triplex dans la tour Chelsea Waterfront, en bord de la Tamise. Des biens estimés à environ 180 millions de livres sterling (214 millions d’euros). Jeudi 10 mars au matin, le gouvernement Johnson a finalement annoncé que M. Abramovitch rejoignait la liste des personnalités russes sanctionnées par Londres, avec l’industriel Oleg Deripaska, fondateur de Rusal, l’un des tout premiers producteurs d’aluminium au monde, et Igor Setchine, directeur exécutif de Rosneft.

« Je parlais à un avocat, ce matin, assailli d’appels de clients lui demandant comment déplacer leurs avoirs. Pareil avec une connaissance qui travaille dans une banque privée », témoigne Tom Keatinge, directeur du centre consacré à la lutte contre la criminalité financière au Royal United Services Institute (RUSI), joint le 3 mars. Le même jour, sur la BBC Radio 4, Nigel Kushner, de la société d’avocats W Legal, confie : « Certains de nos clients tentent de déplacer leurs avoirs, mais ce n’est pas simple, les banques refusent les dépôts si vous êtes menacés de sanctions. »

Une réalité dénoncée par les ONG

Avec une liste d’une quinzaine de proches de Vladimir Poutine sanctionnés depuis fin février, dont Alicher Ousmanov, actionnaire important du club de football d’Arsenal, le gouvernement Johnson dit vouloir en finir avec « Londongrad », ces décennies durant lesquelles Londres ainsi baptisée est devenue « the place to be » pour les oligarques du monde entier, Russes en particulier : sûre et peu regardante sur l’origine de leurs fonds. « Les oligarques n’auront plus nulle part où se cacher », affirme la ministre des affaires étrangères, Liz Truss, depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. « Donc, le mois dernier ou l’an dernier, les autorités savaient que cet argent était là, mais cela ne leur posait pas de problème ? », s’étrangle Tom Burgis, journaliste d’investigation au Financial Times et auteur du livre Kleptopia consacré à l’argent sale dans les démocraties (HarperCollins, 2021, non traduit). Lire la suite.

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